PIERROT LE FOU (de Jean-Luc Godard – 1965)

« On a eu la civilisation romaine, la Renaissance…, on est désormais dans la civilisation du cul ! »

Jean-Paul Belmondo dans son rôle de « Pierrot le fou ».

Ciné Classic

Pitch  

Une romance sauvage d’’un couple, empreinte du souffle libertaire des sixties alliant savamment amour, littérature, poésie, comédie musicale sexualisée et violence des mœoeurs. Le tout interconnecté en un existentialisme sartrien, ou plutôt assemblé selon les veines les plus noires de l’’existentialisme sartrien. « Pierrot le fou » étant un éloge de l’’existence pure, ce que Jean-Paul Sartre nomme la « facticité ». Godard décrivant un monde libertaire, sans Dieu ni maîtres, sans valeurs ni morales, dans lequel l’’homme est libre d’’agir à sa guise et est responsable de ses actes.

Avis

Il faut parler de souffle libertaire voire d’’existentialisme plutôt que d’’anarchisme pour définir Pierrot le fou, bien qu’’indéfinissable en soi. N’’en déplaise aux anarchistes apprentis ou endurcis qui ont applaudi l’’oeuvre…… Dans le même temps, c’’est l’’Eglise qui peut être invectivée. Le souffle libertaire de Pierrot le fou est à la fois dans sa conception comme dans son fonds. Les deux étant liés en une symbiose rarement atteinte par un projet cinématographique. On est en 1965 et Jean-Luc Godard expérimente des cadrages alambiqués, des plans-séquences de transition, pendant que Raoul Coutard oeuvre dans la photographie parlante….

Un cinéma désagréable en soi, pour qui ne se prête pas au jeu de la bienséance historique du 7ème Art. Aujourd’’hui, en effet, ce genre de technique, de conception, passe presque inaperçu. Mais il faut savoir « rendre à César ce qui est à César », et faire un effort d’’objectivité. D’’extravagances en extravagances toujours mieux expiées hors de la conscience humaine, Godard joue avec le spectateur, en complétant son fond d’’intrigue par la forme, qui elle-même est sublimée par le contenu. Souvent subversif, ce cinéma là ne prône pas forcément l’’anarchie, comme beaucoup l’’ont pensé, il s’’agit plutôt de mettre en abîme les personnages pour mieux valoriser les acteurs. Soit un cinéma d’’existence plutôt que d’’essence, puisque ayant pour but de filmer l’’homme par des moyens techniques surréalistes par rapport aux codes du 7ème Art de l’’époque. Les interprétations de Belmondo et Anna Karina comptant davantage que la destinée et le cheminement tortueux de leurs personnages. Si la marginalité est filmée, elle est aussi intellectualisée, dans une démarche assez existentialiste. Godard met en situation deux marginaux qui, ne rencontrant ni Dieu ni maîtres sur leur chemin se complaisent à vivre au jour le jour, sans un réel autre poids moral et moralisateur que l’’amour qui les unit.

Jean-Paul Belmondo et Anna Karina. Ciné Classic

Encore qu'’ils restent tous deux conscients et responsables de leur passion amoureuse mutuelle et qu'’ils prennent leur distance et liberté l’'un vis-à-vis de l’'autre. Concevant à deux une morale qui semble leur sied à merveille, ils parviennent à assumer leurs actes. Un existentialisme détourné des bienfaits tant vantés par Jean-Paul Sartre, semble-t-il à première vue, alors qu’'en filigrane de l’œ'oeuvre, c’'est une puissante apologie douce-amère de l’'amour, de la libération sexuelle et de l’'affranchissement collectif vis-à-vis des moeœurs pré-soixante-huitardes.  

Une sorte de cinéma à l’’envers, qu’’un Jean-Paul Sartre devait adorer, un cinéma qui agit toujours en vertu de l’’avenir, bien qu’’incertain, et qui fait table rase du passé, qu’’il soit bon ou mauvais, pompeux ou lourd. Quelque soit leur fin, Pierrot et Marianne ont été responsables de leurs actes, de leurs paroles, de leur passion amoureuse et de leurs choix. Ce fond existentialiste confère à Pierrot le fou une authenticité artistique rare, parce que fait d’’un matériau très symptomatique d’’une fraction donnée de lettrés, d’’une époque, et d’’un microcosme… Pierrot le fou reste malgré tout difficile d’’accès de par sa subjectivité de fond et de forme, et parfois vulgaire dans ses images ou ses paroles ! Godard a su se dédouaner en présentant d’entrée de jeu, par le titre, que Pierrot est un fou et qu’il s’éprend d’amour pour une femme s’appelant…Marianne…

Qu'’est ce que l’'existentialisme sartrien, en deux mots ?  L'existentialisme sartrien peut se résumer en l’'expression de Descartes « je pense donc je suis » extrapolée violemment elle-même par un « ni Dieu ni aucun maître de soi que soi-même ». Soit un existentialisme athée et libertaire que l’'Eglise ne peut accepter à cause de sa négation de tout déterminisme, refus remontant jusqu’'au plus originel (Dieu).

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