A partir du IVe millénaire avant notre ère, au Proche-Orient, au Moyen-Orient, au nord-ouest de l’Inde, au Pakistan, les toutes premières cités-Etats au monde, se constituent. Par la propriété individuelle/familiale de terres agricoles, par les récoltes locales et les surplus générés, comptabilisés puis vendus à courte et grande échelle, un certain enrichissement des individus donc de leur cité-Etat a lieu, accompagné tout naturellement de dépenses nouvelles liées à l’importation de biens, marchandises, objets d’art qu’ils ne savent pas du tout produire. Avec les surplus de céréales stockés à protéger et l'ensemble des terres cultivées de la communauté à protéger, se créent des milices armées. Lesquelles milices n'inventent rien sur le plan de l'armement : le patrimoine acquis depuis plusieurs millénaires de pratique de la chasse suffit amplement. Ces milices deviendront plus tard l’archétype de premières armées.
Des religions d’État utilisées pour régenter la masse populaire
Une économie étatisée et coordonnée par les temples, qui use de la corde sensible des dieux et déesses pour régenter les populations administrées par ailleurs par un souverain d’essence divine entourée de sa famille royale, et qui joue le rôle de souverain pontife : c’est-à-dire qu’il garde une vue sur les offrandes réalisées par les administrés au sein des temples. De quoi enrichir donc sa propre famille royale toute entière. Ces temples permettent donc à la fois de centraliser toutes les denrées agricoles récoltées, avant de les dispatcher vers la population et revendre les surplus vers les contrées étrangères, à la fois centralisent-ils toutes les offrandes de toute la population. Or, ces offrandes représentent une richesse à la fois facile à obtenir à la fois impressionnante en volume étant donné que dans ces premières cités-Etats, les divinités reconnues, vénérées sont tel un être humain qui doit manger et boire pour demeurer bienveillant et protecteur du fidèle lui faisant offrande.

Un tyran domine s’il est premier à un concours de connivences…
L’encadrement des populations locales devient rapidement partout tripartite. Trois classes majeures se fixent partout : le personnel religieux, le personnel politique, le personnel militaire. Mais il serait trop facile de résumer la puissance publique et régalienne d’une cité-Etat à ces trois classes. Le premier phénomène de transfert de la puissance publique est un segment reliant les anciens chefs-chamanes de clans nomades jusqu’à des prises de pouvoir localisées dans certaines cités-Etats de souverains au charisme qui leur est propre, défiant toute comparaison avec par exemple un leader d’une autre famille locale puissante. D’ici cet accaparement de la puissance publique locale, le fameux segment cité plus haut passe par l’étape obligatoire des connivences, conflits d’intérêt, clientélismes, promesses d’honneurs pour services rendus : le fameux moment où les prestigieux artisans locaux, les prestigieux marchands-négociants locaux ou les puissants propriétaires terriens entrent dans une course à l’élévation sociale, laquelle passe forcément par servir un tyran lequel les hissera ensuite à un statut social supérieur. Pour donner un cadre très clair à la bonne gouvernance de la cité-Etat il faut alors être ternaire et non dans ce puissant nœud gordien intriquant bien des individus puissants associés à un tyran, fabriquant ce tyran, fabriquant sa puissance unique. Il faut être ternaire en ce qui est la partie émergée de l’iceberg : le peuple doit juste savoir qu’armée et police sont là pour assurer la sécurité, que le clergé est là pour mettre en lien le peuple avec les divinités afin que le peuple soit une fois de plus….mieux protégé, qu’un personnage politique unique et ses grands et petits commis d’État sont là pour coordonner l’avenir de la cité-Etat, représenter le peuple vers les contrées extérieures, et surtout sont là comme les responsables de toute réussite collective tout comme (si humilité et sincérité il y a…) les fautifs en cas de troubles publics, invasions, calamités climatiques, …

Une fourmilière en mouvement permanent alimente la cité-Etat
La véritable grande nouveauté sont ces producteurs agricoles qui se montrent capables de prendre le dessus sur la Nature, comme le faisait le Chef ancestral notamment via les rituels de demande de pardon à l’Esprit-animal, lorsqu’un gros gibier avait été chassé et abattu. Côté marchands-négociants, la vie et la réussite de la vie en communauté dépendaient alors bien plus des échanges commerciaux avec des communautés voisines que de chercher en vain une autosuffisance localement : car il était plus difficile et plus prestigieux de négocier l’importation de telles denrées agricoles qu’on ne sait produire, que de maîtriser des cultures agricoles locales qui, autosuffisantes en quantité manqueraient de qualitatif. Par exemple. L’organisation de l’importation de matières précieuses, de tissus absents localement, permettait bien évidemment au marchand-négociant la menant au bout malgré tout souci logistique ou de transport, de devenir prestigieux, unique, inévitable au sein de sa cité-Etat.
Les anciens chefs de clans chamanistes-animistes forment les premiers clergés
Le chef ancestral parvient malgré tout à conserver un ascendant religieux au sein de la vie en cité, par ses caractéristiques chamanistes-animistes : il est ainsi le gardien mémoriel de la communauté, il sait soigner, lire l’avenir, lire dans les astres, ritualiser la naissance et la mort. La classe sacerdotale émerge donc à partir de la capacité acquise par ses membres, à écrire et retranscrire les volontés issues du monde invisible. En d’autres termes : les ex-chefs chamaniques/animistes forment les premiers rangs de tout clergé qui va éclore dans la cité-Etat. Si les chamanes témoignaient au cours de leurs transes permettant communications avec les mondes invisibles, il va falloir passer à une étape supérieure : les Sumériens diront qu’écrire c’est écrire les volontés de Dieu et écrire à la manière de Dieu devait se faire par le relief : graver dans des tablettes d’argile des signes cunéiformes. L’Homme inventa l’écriture par Dieu, pour Dieu. Viendront évidemment des adaptations de cette écriture vers des champs littéraires mythiques, légendaires, administratifs, propagandistes,… La question qui viendra autour du dieu ou des dieux auxquels rattacher sa propre communauté achèvera définitivement l’utilité des anciens chefs ancestraux chamanistes/animistes puisque la classe sacerdotale alors en place écrira le passé sous forme de mythologies, le présent sous forme de codes moraux, l’avenir selon un devoir de s’attacher à quelques dieux si on veut connaître une vie favorable.

Les mythes et légendes englobent les dieux et les hommes, les orientant vers un but commun
La symbolique de l’élévation spirituelle, de la création de dieux, de la conquête des Dieux par l’Homme rendent solides les vies communautaires sédentarisées et resserrées autour d’un balisage de l’existence de chacun (e) par des mythes rassembleurs et unificateurs, mais aussi par des rites religieux et cérémoniels pour accompagner les grands moments de vie, naissance, mort de chaque habitant. Plus ces mythes sont puissants plus ils entraînent une masse colossale d’individus à défendre. Les administrateurs doivent alors obligatoirement disposer des moyens de leurs ambitions. Cela entraîne une course à la puissance physique, celle qui doit un jour égaler la puissance mythique ou religieuse défendue. Mais cela entraîne une grande diffusion des savoirs hors-frontières, des savoirs permettant de rendre vraie LA puissance symboliquement affichée depuis longtemps dans la pierre, dans l’artistique, dans la production agricole généreuse, dans l’art de la guerre et les exploits défensifs ou lors d’expéditions dans des contrées voisines, …

Avant toute diffusion de tels savoirs hors-frontières, quelles étaient les frontières des toutes premières civilisations ? Les cinq premières civilisations ayant émergé sont par ordre chronologique :
- Entre 7000 et 5000 ans avant notre ère, des villages de paysans sédentaires grossissent le long du fleuve Jaune, un grand fleuve qui traverse la Chine actuelle d’ouest en est. L’économie agricole d’alors, est basée sur le millet, le riz, le porc, le chien et le poulet.
- La civilisation de la vallée de l’Indus était une entité culturelle et politique qui s’épanouit dans la région nord-ouest du sous-continent indien entre environ 7000 ans et environ 600 ans avant notre ère. Développement agricole, domestication de plantes et d’animaux, production d’outils et de céramiques sont combinés. Le commerce va s’établir avec l’Égypte, la Mésopotamie et la Chine.
- Les Sumériens fondent une civilisation fluviale à partir des fleuves Tigre et Euphrate d’Irak actuelle, au départ d’Eridu, à partir du début du IV e millénaire avant notre ère.
- Le Nil permet le développement d’une civilisation fluviale égyptienne, vers – 3150 ans.
- Le Mexique vers – 2500 ans, où de premières emprises urbaines sont réalisées sur la forêt. Des défrichements se multiplient, des villages deviennent étendus jusqu’à atteindre le stade de la ville.

Parmi ces cinq foyers de civilisations fluviales, deux rendent compte et témoignent rapidement de leurs propres grandeurs, puissances, dominations : très précisément Ur et la vallée du Nil. Ur (pays de Sumer / sud-irakien) sous la forme de l’écriture cunéiforme de sa propre Histoire, ce qui fait entrer le monde dans un nouveau champ des possibles ; et donc l’Egypte pharaonique dépendante totalement de la vallée du Nil, ses crues et décrues, avec son écriture sous la forme hiéroglyphique de leurs inscriptions…
Une cité-Etat est une civilisation, …et plusieurs cités-Etats ?
L’écriture décrivant sa communauté, l’écriture n’est pas la civilisation. La civilisation est souffle vital, lequel est immortel et terriblement destiné à toujours plus s’entrechoquer avec une civilisation voisine. Si deux civilisations en guerre dont l’une en subirait défaite, ne tue pas la civilisation défaite, alors vous vous demanderez ce qu’est donc, au fond, une civilisation. La civilisation naît tout simplement d’abord de la cité-état, et de l’influence charismatique de son souverain ou de sa famille régnante. Ce souverain et sa famille, sont la représentation politique de l’unité harmonieuse de leur cité-Etat. Cependant, et tout dépend par quel aspect on prend les choses : la vie organique d’une cité-Etat si elle prend de la puissance et de l’influence qui dépasse son enceinte et donc ses frontières territoriales peut mettre sous son influence une cité-Etat ou des cités-Etats voisines.
Si les empires meurent, les civilisations demeurent…
C’est alors que vous comprendrez, je pense mieux ce qu’est une civilisation : on y voit souvent une nébuleuse de cités ou villes unifiées en Etat voire en Empire, il faut tout simplement conserver de cela la puissance civilisationnelle unique, singulière d’une cité-Etat quelle qu’elle soit, tout en comprenant que si elle se met en réseau avec d’autres cités-états une mosaïque de cultures s’étant cimentées les unes aux autres forme alors un puissant bloc culturel cohérent qui lui, est une civilisation que l’on peut alors identifier comme puissante, influente, reconnue à l’international. Certaines méthodes forment et maintiennent en place les empires, comme les traités diplomatiques, les mariages en lignées, les alliances par mariages forcés dynastiques, la mutualisation de forces armées de défense, de forces armées de conquête… Tout étant mis en place telle une défense absolue sans condition de leur existence collective : alors qu’au final si les empires peuvent mourir, les civilisations demeurent. Les civilisations d’ailleurs, sont aussi mobiles que des vents emportant les âmes de nos défunts, lesquelles âmes s’en vont souffler la richesse de leur vécu ailleurs, au gré de la chute de ces vents…

