La mer Noire est le berceau d’une nouvelle Europe dès le IVe millénaire : par plusieurs grandes vagues successives de migrations massives, fulgurantes et bien organisées vont affluer dans toute l’Europe des convois de nomades-guerriers, au faciès ethnoculturel proto-indo-européen. De ces proto-indo-européens émergeront avec le temps, des faciès et civilisations comme les Celtes, les Latins, les Grecs, les Germains, les Scandinaves, Baltes, Slaves, … A l’origine du balayage d’Est en Ouest de l’Europe aux IVe et IIIe millénaires : une puissante confédération politique aux dirigeants rompus à la guerre et la mobilité tout azimut qui associe une masse de forces nomades guerrières de la kultur de Yamna à un encadrement très ferme par des élites de la kultur de Maïkop, qu’elles soient des seigneurs de guerre ou des sages. Quand les Yamnas, véritable kultur « fille » de Maïkop héritiers de techniques et de cultures matérielles d’une Anatolie experte en métallurgie et en domestication animale, entament une première vague de migration massive vers l’Ouest vers – 3 500 ans, leurs dirigeants Maïkop préparaient déjà une prochaine vague (vers – 3 000 ans)…

Conquérant par la force quand nécessaire ou se mutualisant avec les populations locales européennes bien plus archaïques qu’eux puisqu’issus d’une Anatolie de cultivateurs du VIIe millénaire (Turquie actuelle), mais aussi parfois étant absorbés eux-mêmes par une kultur autochtone au faciès élaboré et résilient, ces masses d’arrivants proto-Indo-Européens marqueront un temps le pas dans leurs foudroyantes avancées vers l’Ouest, en actuel Sud-Allemagne : les barrières naturelles des Alpes, alors en leur Sud et des fleuves Rhin et Danube. Ces barrières naturelles provoquent deux phénomènes par effet de nasse environnemental et géographique : une concentration régionalisée inouïe qui va faire incuber par la densité et la pluralité des transferts culturels entre peuples autochtones et eux, plusieurs faciès hybrides comme les proto-Italiques, les proto-Celtes et les proto-Germaniques ; provoquer aussi un reflux important de ces nomades Indo-Européens vers l’Est jusque-même leurs terres steppiques pontiques originelles. C’est alors que l’aire géographique d’un brassage ethnoculturel et de transferts techniques, matériels, connecte le berceau de ces proto-Indo-Européens qui provoquent et chamboulent tout l’échiquier, à tous ces territoires d’expansion d’Europe centrale, du Nord, du Sud puis de l’Ouest. Les petites statuettes vénusiennes de femme sont progressivement remplacées par de nouvelles idoles viriles dont le taureau, esprit-animal vénéré par la kultur de Maïkop :


Le complexe des steppes pontiques et du bassin de la mer Noire, coeur battant impulsant ces migrations répétées vers l’Ouest, se sert du pastoralisme depuis toujours pour commercer en parallèle d’en faire une économie vivrière : dès lors que vers – 3 500 ans leur environnement naturel, bien que vaste, subit un assèchement, que les températures baissent,… il est question de pousser les troupeaux plus à l’Ouest vers de nouveaux territoires de pâture. Il est admis que cela se ferait nécessairement au détriment de peuplades déjà présentes sur ces nouveaux territoires. Pour ces deux raisons revenant à un même point, la nécessité absolue d’être très mobile, depuis le concept de la roue est inventé par une des tribus Maïkop le chariot,… tiré alors par des bœufs, et capables de transporter familles entières, provisions alimentaires, matériels, armes, semences végétales. L’invention sera source de bien des stupeurs en Europe, auprès des cultivateurs d’origine anatolienne établis dans la sédentarité la plus utilitaire, en villages de bois avec champs cultivés alentours.
La tribu Maïkop est inventrice du chariot à bœufs une autre kultur nomade au Nord de la Russie d’Europe inventera vers – 2 000 ans les tout premiers chars légers de combat tirés par des chevaux. Ce qu’il faut comprendre : si la steppe pontique abritait le gros des masses de familles nomades ayant migré vers l’Ouest, elles étaient polarisées totalement et sous la tutelle prestigieuse d’autres familles nomades établies elles, sur le pourtour Sud-Est de la mer Noire : soit en plein interface entre le Nord-anatolien et le Nord-steppique. Ces liens demeuraient énormément codifiés et régentés par l’habitude, la coutume et une hiérarchie imposée très puissante, entre familles nomades des steppes pontiques et familles nomades et semi-nomades du Sud-Est de la mer Noire.

Rentrons dans les détails. La mer Noire relie deux kultur nomades. L’une est vaisseau-amiral et coeur battant civilisationnel, la kultur de Maïkop basée sur le pourtour Sud-Est de la mer Noire, quand la kultur de Yamna est sa « fille ». S’il faut résumer la composition des convois de migrants nomades balayant l’Europe d’Est en Ouest, je dirais quelques unités de cadres dirigeants de type seigneurs de guerre, tous représentants de la kultur de Maïkop, puis des masses de pasteurs-guerriers avec femmes et enfants comme colons. De par la grande mobilité et praticité de leurs chariots à bœufs, et l’effet de surprise de leurs convois rapides, nomades Yamnas et Maïkop se retrouvent assez vite à faire paisser leurs troupeaux en pleine Europe centrale vers – 3 500 ans.
Avant de préciser les degrés de supériorité tant hiérarchique qu’en terme de développement matériel et technique, de la kultur de Maïkop sur la kultur de Yamna, il convient de résumer en quelques mots la sophistication de la kultur de Maïkop, qui a pour souche principale depuis le Sud des communautés d’éleveurs anatoliens, c’est-à-dire des Anatoliens de niveau de connaissance technique supérieur aux Anatoliens qui dès le VIIe millénaire cultivaient à la houe de petits champs. Anatolie deux fois, même région donc sauf cette même région et ses habitants ne sont pas du tout au même stade de développement. L’Anatolie qui inspire la kultur de Maïkop permet par l’élevage une économie vivrière, et par le transfert technique de la métallurgie du bronze, elle l’Anatolie qui était la grande championne forgerone en ces temps, va permettre à la kultur de Maïkop un avantage indéniable pour leur kultur : le bronze dans tous ses états rassasie et comble les besoins de tout le monde, les fantassins bénéficient d’armures, armes, boucliers, casques solides quand les élites dirigeantes mesurent leur prestige à l’aune de leur collection d’objets métalliques d’art.
L’aire géographique de la kultur de Maïkop est telle qu’elle conditionne et régente tout flux Sud-Nord venant d’Anatolie : la kultur de Maïkop dessine en effet un vaste bandeau Ouest-Est reliant le rivage Est de la mer Noire au rivage Ouest de la mer Caspienne. A force de capter tout flux, cette kultur s’enrichit du commerce sur de longues distances et se fait acheminer les minerais et ressources permettant un développement technique et matériel le plus puissant de son temps parmi tous les peuples nomades. A tel point que la culture de Maïkop se sédentarise dans cet environnement entre mer Noire et mer Caspienne, tout en maintenant une hybridité semi-nomade en son Nord, qui polarise une kultur « fille », dite Yamna : les fameux nomades indo-européens Yamna que les historiens et archéologues citent à propos des vagues indo-européennes balayant l’Europe d’Est en Ouest à partir de – 3 500 ans. Oui sauf que les Yamnas sont eux-mêmes une construction tribale et clanique des Maïkop : les Yamnas sont une périphérie, au Nord, d’un centre Maïkop puissant qui polarise tribus et clans Yamnas…
La métallurgie de Yamna a emprunté à la culture de Maikop des moules à deux faces, des dagues à dents, des haches avec une seule lame avec des trous de fonte et du cuivre arsénié. Les Yamna sont encadrés par des seigneurs de guerre de leurs tribus et clans mais aussi de seigneurs de guerre des tribus et clans Maïkop. Les Yamnas fournissent le gros des guerriers nomades et leurs familles, qui les suivent via des convois en chariots : tout ce dont ils ont besoin les suit donc en permanence. Ces chariots signifient des départs calculés et massifs, si calculés que ces tribus et clans nomades vident littéralement les steppes pontiques, pour faire masse toujours plus vers l’Ouest du continent, quand après leur départ d’autres tribus et clans réoccupent les grands espaces de la steppe pontique. Dans cette steppe pontique maintenue constamment vivante, vivace, la kultur de Maïkop ruisselle de sa culture matérielle, polarise des kultur héritières, impulse une organisation hiérarchique, rayonne de ses technicités artisanales et artistiques vers son Nord et au-delà de la mer Noire en directions Ouest et Nord-Ouest.

Très coordonnés et organisés, les départs massifs des tribus et clans Yamna depuis les steppes pontiques, laissent un vide qui, étrangement est vite comblé. Il s’avère qu’un phénomène organisé, dirigé et orchestré fait se repeupler les steppes pontiques : au moins trois kultur proches ethnoculturellement de la kultur de Yamna et de la kultur de Maïkop semblent comme se répartir selon trois pôles toute la steppe pontique. Ces trois pôles vont jouer le rôle d’arrière-pays hôte pour les pasteurs-guerriers Yamnas et leurs familles qui reflueront au début du IIIe millénaire d’Allemagne du Sud. De toute évidence, la kultur de Maïkop tient depuis le départ les rênes de son vaste projet d’expansion territoriale : pour appuyer de ses élites encadrantes les Yamnas au coeur de l’Europe, les coordonner là-bas tout en coordonnant sur ses propres terres steppiques la structuration de kultur « filles » relayant alors sur place les Yamnas ayant migré, les élites de la kultur de Maïkop puisent dans les forces et originalité de leur civilisation proto-indo-européenne : hiérarchie sociale ferme, division du travail, division de la société tribale en trois classes, un système de serments et pactes sur l’honneur d’une élite envers une élite supérieure, etc. Tout ordre ou commandement visant à régenter ou réorganiser quoi que ce soit était donc efficacement applicable : l’impact de tout ordre se relayait jusque dans une profondeur immense à l’intérieur de chaque « société tribale » gravitant autour de la civilisation-mère Maïkop.



Mais puisque la question ici est de rester focalisé sur la confédération indo-européenne ayant aux IVe et IIIe millénaires conquis l’Europe, repositionnons nous sur le foyer émetteur-même de toutes ces migrations : la mer Noire et les steppes pontiques. La réoccupation des sols steppiques suite aux départs massifs des pasteurs guerriers Yamnas et leurs familles va combiner deux phénomènes : un fort héritage génétique Yamna dans la composition des peuplades émergentes ; le retour de familles Yamna. A travers un retour de certains au « pays » plusieurs transferts culturels s’effectuent, lesquels accélèrent une montée en puissance culturelle, matérielle, technique sur place. Ainsi, dans son domaine occidental, la kultur Yamna sera suivie par la kultur des Catacombes ; à l’Est, par la kultur de Poltavka et la kultur de Sroubna. La kulturdes catacombes, entre 2800 et 2200 av. J.-C., soit deux siècles après les dernières vagues de départ massif des Yamnas vers l’Ouest, occupait essentiellement ce qui constitue aujourd’hui l’Ukraine. Cette kultur noyautait plusieurs sous-kultur en elle : c’est-à-dire différentes tribus avec chacune leur chef. Cette mixité ethnoculturelle était alimentée par des retours depuis l’Europe centrale, de certains convois de migrants indo-européens Yamnas/Maïkop : ils revenaient et reprenaient une vie nomade.
Parmi ces nomades refluant vers l’Est et enrichissant de leurs savoirs et expériences les kultur nomades qui les accueillent dans les steppes pontiques, il faut citer les Scythes : les Scythes sont une sophistication d’un complexe psychologique de leur part et de la perte de repères engendrés par des tentatives infructeuses de goûter à la vie sédentaire. Ces semi-nomades donc, émergent vers – 1 000 ans, et vont être les vengeurs double des civilisations sédentaires et des systèmes tribaux nomadisants à la fois : générant de manière tentaculaire en tâche d’huile un soupçon de sites fortifiés et leurs princes sacrés dont ils héritaient de leurs parents Thraco-Gètes sédentaires, et un soupçon de capacités mobiles d’intervention inhérente à leur économie pastorale vivrière. Ayant cependant goûté à la civilisation sédentaire, les Scythes puis Sarmates puis Alains n’oublieront jamais tous les gains possibles de razzias, raids, pillages effectuables en terres où les habitants sont comme enchaînés à leurs territoires, telles des proies immobiles…
Quand cette kultur des catacombes est évincée par la kultur de Sroubna, vers – 1 700 ans, le phénomène de reflux d’anciens migrants Yamnas/Maïkop s’accroît encore, et on assiste alors à des groupes ethnoculturels qui font souche ou dit autrement qui se sédentarisent jusqu’à être des matrices puissantes de formation des faciès proto-Balte et proto-Slave. Le Nord Ukrainien et l’actuel territoire biélorusse ne représentent alors qu’une périphérie matricielle des proto-Baltes et proto-Slaves, périphérie ukraino-biélorusse est polarisée depuis vers – 3 000 ans par la kultur dite des Haches de combat, elle-même née du métissage entre Yamnas et substrats locaux. La kultur des Haches de combat est indéniablement la nouvelle kultur d’Europe la plus puissamment héritière des proto-Indo-Européens Yamnas/Maïkop, c’est-à-dire la plus marquée en terme d’héritage matérielle de la kultur de Maïkop qui vivait dans une abondance matérielle et une maîtrise inouïe de la métallurgie du bronze. En même temps, un élève dépasse toujours son maître puisque l’apprenant ne retient pas seulement ce qu’on lui apprend mais comment on lui a appris : le complexe politico-économique comprenant les actuels pays Baltes jusqu’à la mer Noire qui dans la sédentarité et le brassage se subliment, se développent, et plus à l’Est une constellation de kultur nomades toutes régies par la kultur de Maïkop, va voir le faciès proto-Balto-Slave être les futurs bourreaux absolus et des plus intestins de tous projets de conquête de guerriers nomades.

Leur fameuse arme populaire, la hache à un tranchant non plus en pierre mais en cuivre, se retrouve partout dans les peuplades d’Europe du Nord, notamment au Sud-Scandinavie, et atteint aussi la Russie centrale. En Russie, la kultur des Haches de combat est désignée comme kuktur de Fatianovo–Balanovo Double kultur donc, dont l’importante est la kultur de Fatianovo puisqu’elle allie une ascendance Yamna et un substrat local : leur brassage entre – 2 900 ans et le début du IIe millénaire donnera un premier faciès proto-Slave en pleine Russie centrale. Ces occupants de la Russie centrale provenaient d’une migration vers le Nord-Est à partir d’actuelle Biélorussie, où leurs ancêtres habitaient vers 3000 av. J.-C. Or, vers cette période, la Biélorussie d’alors est en prise directe des forces de peuplement double : les familles Yamnas refluant d’Europe centrale, le champs géographique en extension continue de la kultur des Haches de combat depuis les deux rives de la mer Baltique et qui polarise intensément la Biélorussie pour y façonner un faciès singulier : les proto-Balto-Slaves…qui mêlent encore un temps à eux les proto-germaniques.

C’est toute une kultur des Haches de combat très étendue et homogène, née d’un brassage Yamnas/autochtones qui s’étend sur tout le rivage Sud de la mer Baltique, effectue des va-et-vient ethnoculturels avec le Sud de la Scandinavie, … et engendrera dans les actuels pays Baltes un faciès proto-Balte autour des Estes (Estonie) de souche finnoise, faciès proto-Balte qui longtemps va, jusqu’à séparation… aller de pair avec un faciès proto-Slave plus orientale (Russie centrale) mais aussi en prise directe et sous influence très polarisante de la prestigieuse kultur de Maïkop et sa constellation de kultur « filles » occupant la steppe pontique.
Les proto-Balto-Slaves voient leur aire linguistique et culturelle commune aller donc de la mer Baltique, où des peuples baltes comme les Prussiens/Pruthènes encadrent les Estes de faciès finnois, jusque la mer Noire du Nord au Sud, avec les proto-Slaves dominants à mesure qu’on file vers le Sud (toute leur zone concerne donc pays Baltes, Nord-Est Pologne, Biélorussie, Ukraine). Les terres façonnant le faciès proto-Balto-Slave sont donc cette même configuration environnementale qui avait permis la montée en puissance des kultur de Maïkop et Yamna : de mêmes espaces géographiques donc mais mis en valeur tout autrement avec le temps. Oui sauf que la naissance du faciès proto-Balte jouera de vilains tours à leurs ancêtres Maïkop/Yamnas. Les proto-Baltes vont devenir en quelque sorte les AntéNomades par excellence, tels des fils reniant leurs pères ! En même temps on peut toujours terrasser facilement l’ennemi que l’on connaît intimement ! Les proto-Baltes vont en définitive agir comme fixateurs des peuplades nomadisant dans leur giron par processus d’agglutination et acculturation ou s’il le faut par les armes. Pacifiant une aire géographique allant de la mer Baltique jusque l’actuelle Berlin au Sud-Ouest, jusque la mer Noire en passant par la Biélorussie et l’Ukraine. L’État Rus’ de Kiev bien plus tard au VIIIe siècle apr. J.-C. permettra des processus similaires de fixation, destruction par les armes des peuplades nomadisantes, et de pacification de tout leur territoire.
Trois facteurs expliquant la vitalité de la kultur des Haches de combat s’étalant sur toute l’Europe du Nord : des reflux de migrants Yamna depuis le Sud-Ouest ; un brassage ethnoculturel en Europe du Nord et baltique sublimant la culture matérielle, la technicité et les savoir-faire ; les élites de la kultur de Maïkop en gardiennes de toute la culture matérielle et des techniques artisanales qu’elle auront impulsées dans les substrats européens autochtones rencontrés en encadrant de ses élites guerrières, religieuses et techniciennes les vagues de migrations Yamna vers l’Ouest.
Tout semble être réglé comme du papier à musique en terme d’appropriation et occupation systématiques des terres, que cela se fasse dans l’environnement immédiat de toute la steppe pontique, le pré-carré des élites Maïkop, ou que cela soit à de grandes distances plus à l’Ouest, notamment en Europe centrale : où les convois Yamnas encadrés par des élites Maïkop agissent selon des méthodes similaires d’appropriation/occupation des territoires rencontrés. Il est donc clair et net qu’un système politique unificateur puissant, et à la puissance hiérarchique très bien relayée sur les théâtres des conquêtes, maintenait en une mécanique très bien huilée tout un ensemble qu’un élu parmi les grands seigneurs de guerre de la kultur de Maïkop, centralisait telle une pompe aspirante : il s’agissait d’un Roi.

Ce Roi détenait du haut d’une pyramide sociale et d’une forte verticalité du pouvoir et du commandement toute l’organisation et donc tous les ressorts du vaste projet de conquête : son organisation politique était une puissante confédération, dont le serment à prêter à celui qui me domine fédérait jusqu’aux chevilles n’importe qui au Roi. Et pour s’assurer que toute cette mécanique ne rencontre que de très rares problèmes tout au plus, le Roi alimentait la division : l’horizontalité de l’accès aux postes importants du fait que les chefs de leurs clans respectifs luttaient pour être le chef de la tribu de tous ces clans et ce chef de tribu était en lutte avec les autres chefs des autres tribus pour devenir le Roi. Compte-tenu du type sociétal des Maïkop, tout chef de tribu est en réalité un puissant seigneur de guerre enchaînant à lui de jeunes guerriers devant faire leur preuve, des esclaves, mais surtout une garde rapprochée et ses propres combattants aguerris fidèlement à son service. Parler d’une classe guerrière d’où se hisse un Roi est trop simpliste : en fait là aussi tout est ardu pour grimper en grade car tout est jugé dans le cadre de confréries.
Le jeune apprenti guerrier obtient un maître d’armes au sein de sa confrérie, lequel l’envoie piller des territoires étrangers. Ce maître d’armes, constatant que les missions sont remplies peut libérer le jeune guerrier de toutes obligations : et pendant ce temps-là le territoire dans lequel ce jeune avait mené un raid et des pillages devient cible fort probable d’une future opération de conquête. Sparte n’avait rien inventé en larguant en dehors de la cité ses jeunes pour qu’ils démontrent leur capacité de survie par eux-mêmes avant de pouvoir être honoré citoyen. En même temps cette pratique est un classique chez les Indo-Européens. Le Roi est un roi fort du fait d’une division en trois classes guerrière, sacerdotale, laborieuse, une division du travail, et des conditions d’accès au statut d’homme libre ou d’adulte accompli difficiles via toute une jeunesse devant prouver sa bravoure.
Ces proto-Indo-Européens de la kultur de Maïkop, noyautant des effectifs combattants massifs parmi la kultur de Yamna qui lui est « fille », tout en noyautant toute une société autour de la guerre, de l’expansion territoriale, n’avaient peur de rien, ne connaissaient aucune limite à leurs projets toujours grandissants à mesure qu’ils pénétraient en terres nouvelles, avaient un garde-fou : la classe sacerdotale ! Mais c’est tout. D’une totale liberté d’action effrayante, d’une toute-puissance intimidant n’importe quel adversaire, le Roi de la confédération des nomades indo-européens Maïkop/Yamna devait toujours consulter le prêtre en chef : lequel conseillait, tempérait, devinait, éludait, décryptait, présageait, ….en deux mots il était une autorité absolue. Le Roi avait une croyance animiste typique de son temps (un esprit en tout, partout, tout le temps), qu’il remettait entièrement entre les mains de son prêtre en chef : car si le Roi croyait par exemple aux astres comme le Soleil, il commençait à se prendre pour l’incarnation de ce …fameux Soleil, tandis que son prêtre en chef, en totale maîtrise en astrologie, pouvait rester flatteur sur ce point d’un Roi-Soleil, du moment qu’il remplissait sa tâche de savoir préciser quand une bataille peut ou non être déclenchée… Car au fond cela importe davantage au Roi de gagner. Il a besoin pour ce faire, d’être conseillé en permanence.
Une telle structuration du commandement, au sein de la vaste confédération nomade indo-européenne Maïkop/Yamna, autorisait le Roi à demeurer dans ses terres au bord de la mer Noire, certaines des élites du Roi encadraient les masses de convois de migrants Yamna vers l’Ouest. Mais, toute structure aussi profonde qu’était la confédération Maïkop/Yamna et tout degré haut de développement qu’avait la kultur de Maïkop, les prises de position en territoires inconnus lointains à l’Ouest et les installations du gros Yamna des forces devront s’adapter à des kultur autochtones très diverses. Certaines seront très résilientes : les Yamnas finiront dilués, absorbés. D’autres auront le malheur que s’était ébruité la présence de ressources rares type gisements de minerais sur leurs territoires : abattage des hommes autochtones suivi de l’union avec les femmes autochtones pour un accaparement rapide de ressources rares, comme l’étain des îles Britanniques ou les minerais d’Espagne. Ou enfin l’environnement immédiat qui va accélérer une acculturation, une mutualisation entre substrats ethnoculturels européens régionaux et les arrivants Yamnas : plusieurs régions d’Europe de par leur configuration géomorphologique et hydrographique retiennent en une nasse par leurs barrières naturelles les arrivants Yamnas en des territoires qui retenaient déjà des peuplades néolithiques européennes anciennes. Par phénomène de concentration des populations et densification, les transferts culturels, techniques, matériels se démultiplient et s’accélèrent. Le Sud de l’Allemagne et ses connexions danubiennes vers les plaines de Hongrie, de Bohême, de Moravie, va représenter un ensemble régional large où se forgeront tribus, langue et culture matérielle proto-Celtiques…

