MYTHES MONDIAUX. Une fumée ramenant à une combustion ordonnancée par un Créateur

Dieu a créé le Monde puis les Hommes à son image, selon le livre premier de la Bible, LA GENESE, et pourtant ce livre est l’oeuvre non plus de Dieu, mais de plusieurs auteurs, humains donc, originaires du Levant, qui dès le Ier millénaire avant notre ère, commencèrent à écrire sur les origines du Monde en puisant non loin d’eux : le Récit biblique de la Création du Monde ressemble à une copie de l’ENUMA ELISH : récit mésopotamien qui raconte l’histoire de la création du monde par leurs dieux (en actuelle Irak).

L’ENUMA ELISH met en avant le thème de la lutte et de la victoire divine dans la Création du monde. Il est lui-même l’écho de visions sur nos Origines narrées ailleurs, non loin de la Mésopotamie : un ordre cosmique est en effet également à l’oeuvre dans la Création du Monde dans les traditions mythologiques de l’hindouisme plus à l’Est de la Mésopotamie jusqu’au fleuve Indus et au-delà, mais aussi un peu plus proche à l’Est de la Mésopotamie via le zoroastrisme (en actuelle Iran). L’ENUMA ELISH fait pivot entre l’Est de l’actuelle Irak et son Ouest syrien, anatolien, levantin. La mythologie mésopotamienne donne naissance plus à l’Ouest jusqu’aux côtes méditerranéennes du Levant, par l’action du foyer civilisationnel sémite araméen-israélite, au judaïsme, et toujours plus au Nord-Ouest jusqu’à l’Asie Mineure par le foyer civilisationnel Hittite, qui relaiera la panthéonisation mésopotamienne de dieux multiples jusqu’en Grèce continentale. La Grèce qui sera fondatrice d’un socle culturel paneuropéen, avait réutilisé cette panthéonisation de multiples divinités typique de la Mésopotamie grâce au relais culturel permis par les Hittites, mais rejeté toute idée de monothéisme provenant du Levant, provenant du judaïsme.

En Egypte, en Chine, au Japon…

Ce n’est pas une mais plusieurs cosmogonies ( = mythes de la création du Monde) qui coexistaient dans les différentes parties du royaume égyptien antique. Ainsi pour les Héliopolitains, Rê est le fondateur du monde, pour les Saïtes c’est la déesse Neith, pour les Hermopolitains, c’est Thot. La cosmogonie la plus répandue est celle d’Héliopolis qui a pour créateur un démiurge solaire (une des formes de Rê) et donne une généalogie divine descendant jusqu’au dieu pharaonique Horus : premier dieu descendu parmi les hommes. Cependant, tandis que les mythologies de Mésopotamie, d’Égypte et de Grèce envisagent l’eau primitive comme l’élément primordial, la cosmologie chinoise se fonde sur le qi (« souffle, air, force vitale »). Cette énergie, selon les récits mythiques chinois, subit une transformation au moment de la création, de sorte que l’élément nébuleux de la vapeur se différencie en éléments doubles de mâle et de femelle, de yin et de yang, de matière dure et molle. Au Japon la rédaction tardive (VIIIe siècle de notre ère) de récits de la Création du Monde est surtout utilisée pour asseoir la dynastie impériale régnante. Les dieux apparaissent non seulement après tout processus de Création mais la famille impériale serait issue de ces dieux, voire serait leur incarnation sur Terre.

Représentation du qi

Alors entre l’élément Air, comme primordial, comme lié au commencement du Monde selon les Chinois, l’élément Eau comme primordial, comme lié au commencement du Monde selon les Mésopotamiens ou encore l’élément Feu comme primordial, comme lié au commencement du Monde selon les Egyptiens anciens, il y a où perdre la tête… Mais si on recolle les morceaux nous avons trois des quatre éléments à la source de la Vie. Il manque l’élément Terre. Bien présent dans la religion animiste-chamaniste, l’élément Terre est un ensemble de minéraux, végétaux, animaux, etc, comme autant d’habitants peuplant une planète bien vivante, tel un gigantesque organe. Ces êtres et ces choses sont vivants de par l’Esprit qui les fait vivre, qui est en eux, du rocher à l’arbre en passant par l’animal.

Ecrire/graver les mythes…

Les éléments Air-Feu-Eau équilibrent l’existence sur notre planète de ces êtres et choses : ces éléments permettent notamment l’activation d’interactions entre êtres et êtres, êtres et choses, choses et choses. Les mythologies des quatre coins du monde sont inspirées de savoirs et croyances acquises auparavant par la religion animiste-chamaniste vieille de 300 000 ans. Un mythe sert à rassembler vers un avenir commun : resserrant autour de valeurs mythiques anciennes toute une communauté humaine. Quand les mythes sont gravés par écrit, nous ne sommes en réalité qu’à une pointe émergée d’un vaste iceberg de mythes et légendes qui s’étaient transmis par tradition orale de génération en génération depuis – 300 000 ans. Si on prend l’exemple du Feu, il devient élément primordial de Vie selon les penseurs Grecs du premier millénaire avant notre ère, alors qu’il n’était qu’invention par Homo Heidelbergensis il y a 850 000 ans en Europe du Nord pour lutter contre le froid. Ce Feu, Aristote par exemple n’aura pas décelé qu’il n’est que combustion : il n’est pas à l’état naturel, constitutif de notre planète. Il est artifice. Ce côté artificiel fera pourtant un dieu du Feu réellement vénéré, dans la civilisation grecque antique : Hephaïstos, à l’origine du feu souterrain, puis des foyers domestiques et artisanaux, maître des arts de la forge et du travail des métaux.

Crâne d’un Homo Heidelbergensis, inventeur du feu il y a 850 000 ans

Chaque élément vu selon sa grande civilisation

Les Grecs anciens mettent sur un piédestal divin le Feu car dans leur société d’alors, le Feu est l’élément le plus important, l’élément primordial : chez les Grecs antiques, descendants des guerriers Mycéniens vivant du bronze, leurs forgeaient dans le feu leurs armes, boucliers et armures, pour réussir leurs guerres, raids et expéditions militaires. De même que l’élément Eau ait été primordial chez les Mésopotamiens, puisqu’ils pouvaient constater au Moyen-Orient qu’ils étaient sans doute la « source » d’une nouvelle civilisation : civilisation sumérienne puis akkadienne puis assyrienne puis babylonienne née du brassage de l’eau océanique représentée par la déesse Tiamat et l’eau douce souterraine représentée par le dieu Enki. La cosmologie chinoise se fonde sur le qi : « souffle, air, force vitale ». L’élément Air chez les Chinois est fondamental : car le qi incarne tout-à-fait déjà sous l’Antiquité cet « Empire du Milieu » où les Chinois s’estiment centraux au sein du Monde. Via une transformation, l’Air aurait créé un Monde binaire de vapeurs mâles/vapeurs femelles, de yin et de yang. La binarité étant cependant mouvante comme l’air  : une femme a sa part de masculinité, un homme a sa part de féminité. Cette binarité est donc troublée et l’Humain, finalement fait corps et est en parfaite posture de diriger les trois autres éléments Eau, Terre, Feu, quitte à voir la Chine actuelle ne jamais se laisser dominer par la Nature. Résultat spectaculaire de l’un des projets écologiques les plus ambitieux du monde: la Grande muraille verte de Chine, qui s’est occupée de reboiser le désert aride du Taklamakan, a transformé ce dernier en absorbeur de CO2 tellement la Vie a artificiellement été regagnée sur cette vaste étendue de sables. Le qi n’est-il pas censé incarner l’énergie cosmique gouvernant la matière, le temps et l’espace ? En tout cas la Chine semble repousser les limites de la physique.

L’écriture par les scribes ou les souverains : les débuts de l’écriture

L’invention de l’écriture permet de graver sur divers supports, notamment les tablettes d’argile de Mésopotamie, tout un tas de mythes et légendes, lesquels servent à rassembler autour de valeurs communes et exploits d’un passé commun, les masses de populations administrées par les souverains. Chez les Chinois, les seuls au départ à pouvoir écrire sont les souverains eux-mêmes. L’Asie semble alors appréhender toute émancipation des populations par le savoir-écrire. Le renfermement de la Chine est d’ailleurs en lien avec la forte résilience de ses populations face à une toute-puissance étatique centralisatrice.

Représentation de scribes sumériens.

Si vivre en cités a trait à la civilisation, cette vie en communautés urbaines doit être régie, organisée et maîtrisée par une autorité publique souveraine mais aussi par un cadre moral et réglementaire strict. L’écriture intervient donc d’abord pour régir les transactions commerciales puis pour dicter les lois locales puis pour réciter des mythes fondateurs et rassembleurs qui puissent fédérer autour de la seule autorité publique et morale d’un souverain l’ensemble des citadins. Sous l’aspect du savoir-écrire, la première civilisation sur Terre est donc la civilisation-monde ! Il ne faut pas imaginer des scribes sumériens (érudits professionnels de l’écriture) ayant fait le tour du monde, vantant et diffusant les bienfaits de l’écriture depuis leur puissante cité-Etat d’Uruk (grande cité-Etat du sud-Irak où la première écriture est née) jusqu’au Japon ou Amérique centrale !

Reprise de divinités animistes-chamanistes dans les mythes créés

Les tablettes de cunéiformes (de Mésopotamie) retranscrivent d’abord des transactions commerciales puis un beau jour : tout à la fois codes de lois et mythes fédérateurs. Ces mythes cherchent à fédérer pour orchestrer harmonie et concorde entre les murs d’enceinte d’une cité-Etat. Certaines divinités montrées dans les mythes sont tout droit issues de l’ancien monde de croyances animiste-chamaniste. Les très anciennes religions animistes-chamanistes, vieilles d’il y a 300 000 ans, et aux divinités animales, minérales, végétales, astrales multiples, sont le moteur d’un monothéisme autour d’un Dieu Créateur cosmique, monothéisme polymorphique puisque ce Dieu supervise et commande, après la Création du Monde, des divinités plurielles, lesquelles sont chacune un prisme précis dévoilant une seule facette parmi toutes les autres, de ce Dieu des dieux cosmique.

Chaque divinité présentée dans un mythe est une facette d’un grand Dieu cosmique créateur

De même qu’un feu de cheminée s’éteindra sous une heure ou deux, à l’inverse ce qui rapproche ses flammes les plus ardentes à un point de summum, le rapproche de sa propre conception et création : de la mise à feu. Albert Einstein avait démontré l’existence d’un espace-temps. Ses théories sont prouvées dès 1919. Cet espace-temps a eu un début : le début d’un espace, dans cet espace des champs quantiques font que dès qu’il y a de l’espace il y a du temps et de la matière dedans. Les divinités mythologiques correspondent chacune à un prisme reflétant une réalité. Chaque divinité est tutrice soit d’un élément (air, terre, feu, eau), et dans ce cas de figure la divinité est une divinité primordiale puissante capable d’être reconnue comme régisseuse du Monde depuis sa Création.

« La mythologie est telle de la fumée, il n’y a pas de fumée sans feu »

« La mythologie est telle de la fumée, il n’y a pas de fumée sans feu ». Il y a un début à tout. Une divinité égyptienne comme Osiris vise toujours plus le rapprochement vers les populations du Nil, incarnant l’Au-delà, la vie après la mort, la résurrection. Osiris est pour eux le message d’espoir qu’une dure vie de labeur au bord du Nil à cultiver le blé leur vaudra une vie heureuse dans l’Au-delà. Enki, d’après la mythologie mésopotamienne sera découpé en morceaux par son grand frère Enlil, au bout d’une course au pouvoir sur les populations, lutte entre Enki désireux d’harmonie et solidarité avec les populations sumériennes, et Enlil tortionnaire voulant maintenir en servitude les populations sumériennes (actuel Sud-irakien). Or, Osiris sera découpé lui-aussi en morceaux par son propre frère Seth. Après, on connaît la suite : si Osiris est dieu de l’Au-delà c’est parce que sa sœur Isis réunira tous les morceaux d’Osiris : donnant naissance à Horus. Le mythe osirien prend un grand écho : d’après ce mythe, Horus est présenté comme le fils posthume d’Osiris né des œuvres magiques d’Isis, sa mère. Dans ce cadre, Horus joue un rôle majeur. En tant que fils attentionné, il combat son oncle Seth, le meurtrier de son père, le défait et le capture. Seth humilié, Horus est couronné pharaon d’Égypte et son père intronisé roi de l’Au-delà. Ainsi se légitime par la mythologie l’origine du pouvoir pharaonique sur l’Egypte ancienne : l’appui divin accordé à tout Pharaon.

Un même dieu, fuyant la Mésopotamie vers le Nil

Un dédoublement d’une même divinité, donc : le Enki mésopotamien, est l’Osiris égyptien. A noter qu’avec ce transfert religieux entre la Mésopotamie d’Enki et l’Egypte d’Osiris, le premier garde une capacité bien supérieure en tant que dieu primordial des eaux douces souterraines s’étant uni avec la déesse océanique Tiamat pour faire apparaître la vie sur Terre, et le second, Osiris qui devient une divinité bien plus simple et humaine, ayant les clés de l’Au-delà et du passage vers l’Au-delà.

Représentation d’Enki

Multiplier les divinités secondaires pour réussir une nouvelle vie

Pour tenter d’ériger en un panthéon de dieux multiples chacun souverain sur un domaine spécifique de compétences, la tâche des savants et des dévots mésopotamiens est colossale. Cette civilisation mésopotamienne est réceptacle de plus de 300 000 années d’animisme : c’est-à-dire de 300 000 années de culture et croyances religieuses transmises génération après génération par l’oralité. La Nature est difficile à comprendre et à domestiquer. Cette dernière jette des mauvais sorts aux Humains, et fluctue tellement qu’elle devient complexe à appréhender et anticiper, en des heures où les Humains visent, justement, à la dompter (mises en culture généralisées des terres). En ces temps néolithiques, l’Homme cherche à accroître ses chances de réussite dans son entrée vers de nouveaux modes de vie : se sédentariser, se fixer en une ville, devoir arpenter les mêmes terres agricoles en espérant qu’elles resteront fécondes année après année. Le Ciel, les déesses-Mères et autres déesses de la fertilité sont vénérés depuis 300 000 ans, il faut leur soutien, au sein d’un panthéon, au sein de la ville ou cité, qui veut se donner toutes les chances de réussir et de prospérer.

Un méga-dieu du Livre : tu es avec Lui ou bien tu es ennemi

Les récits de commencement/création du Monde récents, comme LA GENESE, sont un véritable labyrinthe de choix laissés aux lecteurs : Dieu s’était-il alors insufflé dans des Hommes, auteurs de LA GENESE, pour que ces derniers transmettent son message volontairement difforme, Dieu projetant une réalité transformée par ces auteurs, réalité rendue personnelle et subjective ? Sont-ils des « scribes » façon Mésopotamie, écrivant une Bible pour les gouverner tous jusqu’au dernier ? Dans tous les cas le Dieu des dieux mésopotamien, ou chinois, ou égyptien, ne devait être compréhensible qu’aux lumières démultipliées de chaque prisme de lecture offert par un divinité secondaire qui l’accompagnait au sein d’un panthéon. Chercher qui est ce dieu des dieux chinois, mésopotamien, égyptien demandait un travail de compréhension de tous les prismes, de tous les prismes donnant alors ensuite accès à la félicité de rencontrer le dieu de ces… dieux secondaires. Ici, avec la Bible : aucune échappatoire. Il faut être avec Lui, sinon on est contre Lui. Mais comme nous allons le voir ce Dieu biblique est une vaste surenchère sur les religions orientales : ce Dieu unique doit servir l’écrasement de toutes les interprétations passées du Divin sur Terre. Notamment en ponctionnant l’idée orientale de luttes Bien contre Mal, forces de l’Ordre contre forces du Chaos…

Vallée de l’Indus et Mésopotamie : même Récit de la Création

Les récits de batailles cosmiques et de créations divines dans l’hindouisme peuvent être considérés comme influencés, au moins en partie, par les thèmes présents dans l’ENUMA ELISH. Dans les deux traditions hindouiste et mésopotamienne, on trouve l’idée que la Création du Monde est issue de la division d’une entité primordiale. Dans l’ENUMA ELISH, Tiamat (l’océan) est divisée par le dieu Marduk pour former le ciel et la terre. De manière similaire, dans certains récits hindous, le dieu Purusha est sacrifié, et différentes parties de son corps sont utilisées pour créer le monde. L’ENUMA ELISH présente le thème du sacrifice d’une divinité (Kingu) pour créer l’humanité. De manière analogue, dans la tradition hindoue, il existe des récits de sacrifices divins, bien que les détails et les motifs varient. Les deux traditions soulignent l’idée d’un ordre cosmique établi à la suite de la victoire des dieux sur les forces chaotiques.

Le dieu des dieux mésopotamiens Marduk.

Perse et Mésopotamie : même Récit de la Création

Le zoroastrisme, religion de l’ancienne Perse (actuel Iran), a également été influencé par les mythes mésopotamiens. Bien que les détails diffèrent, la lutte entre les forces de l’Ordre et du Chaos est un thème récurrent dans le zoroastrisme. Le combat entre le dieu Ahura Mazda et l’esprit du mal Angra Mainyu (Ahriman) présente des similitudes avec les thèmes de l’ENUMA ELISH. Dans le zoroastrisme, religion fondée par le prophète Zoroastre en Perse aux environs du VIe siècle avant notre ère, l’opposition entre les forces du bien et du mal est centrale. Le dieu suprême Ahura Mazda est la divinité du bien, de la lumière, de la sagesse, et de l’ordre cosmique. En revanche, Angra Mainyu (ou Ahriman) est l’esprit du mal, des ténèbres, du chaos, et de la destruction. Vis-à-vis de l’ENUMA ELISH mésopotamien, où la création du monde résulte d’une lutte entre les forces de l’ordre et du chaos, le zoroastrisme présente une dualité similaire avec le combat entre Ahura Mazda et Angra Mainyu. Dans les deux traditions, la victoire du dieu suprême (Marduk dans l’ENUMA ELISH, Ahura Mazda dans le zoroastrisme) conduit à l’établissement d’un ordre cosmique stable et à la Création du monde.

Représentation d’Ahura Mazda, à noter que lui-aussi est reproduit de profil, avec présence de plumage, comme des dieux mésopotamiens

Influences mésopotamiennes sur le Levant qui donnent le judaïsme

Les récits mésopotamiens ont également laissé leur marque sur les traditions du Levant, y compris dans le développement ultérieur du judaïsme. Par migrations des Araméens vers la Syrie et le Levant. Lesquels Araméens étaient aux origines en stationnements semi-nomades autour des villes mésopotamiennes, desquelles ces Araméens en tiraient certains apports culturels, religieux. Bien que la Bible hébraïque ait ses propres récits de la création, des influences culturelles et mythologiques de la Mésopotamie peuvent y être détectées, notamment dans les thèmes de la lutte entre les forces divines et les forces chaotiques. Le mythe du Déluge, présent à la fois dans l’ ENUMA ELISH mésopotamien et dans l’épisode de Noé dans la Bible, offre un exemple frappant d’influence mésopotamienne. Le parallèle entre le récit du Déluge dans l’Épopée de Gilgamesh et celui de Noé dans la GENESE suggère une connexion culturelle. Les récits de la Création dans le livre de la GENESE présentent des similitudes thématiques, bien que les détails et les nuances soient spécifiques à la tradition hébraïque. Des parallèles conceptuels peuvent être reconnus entre les divinités mésopotamiennes qui allaient glisser progressivement d’une pratique par les populations, d’une religion polythéiste devenant hénothéiste : une divinité commandant toutes les autres puis ce Dieu unique du judaïsme (monothéisme) éliminant de facto toutes les autres divinités à la fois secondaires du dedans ainsi que toutes les divinités du dehors quelque soit le peuple voisin, adverse, allié.

Influences mésopotamiennes sur la Grèce qui donne un hénothéisme gouverné par Zeus

L’influence mésopotamienne atteint aussi la Grèce. Les Hittites, situés en Asie Mineure, ont joué un rôle dans la transmission de certaines idées mésopotamiennes à la Grèce, contribuant à la formation des premiers mythes grecs. Les Hittites ont eu des contacts étroits avec les civilisations mésopotamiennes, notamment les Assyriens et les Babyloniens. Ces interactions ont favorisé un échange culturel, y compris le partage de récits mythologiques, de symboles et d’autres éléments culturels. Les Hittites ont absorbé certaines influences mésopotamiennes dans leur propre culture et ont également agi comme transmetteurs de ces idées vers l’ouest, vers la Grèce. On sait que Zeus a pour pouvoirs la foudre ou l’éclair, et qu’il représente le ciel, le tonnerre, les éclairs, or, il a tous les attributs de l’ancien Dieu de l’Orage hittite…

Représentation de Zeus.

Le dernier grand mythe connu par les tablettes de Hattusa (grande capitale des Hittites sur le plateau central anatolien) est le cycle de Kumarbi, ayant pour thème la glorification du dieu Teshub (Dieu de l’Orage). Il triomphe face à plusieurs adversaires : dont un géant. Ce cycle mythique a une portée plus générale que les précédents puisqu’il débute par un récit des origines des dieux et explique la construction de leur hiérarchie et notamment la primauté du Dieu de l’Orage. Il est aussi celui qui présente le plus de parallèles avec la mythologie grecque, puisque son récit des conflits de générations entre dieux est très proche de celui de la Théogonie d’Hésiode. Les Hittites divisaient l’Univers entre le Ciel, monde supérieur où demeuraient les grands dieux, et un autre ensemble constitué de la Terre et des Enfers, le monde souterrain qualifié de « Terre sombre », que rejoignaient les défunts après leur trépas. Les similitudes entre certaines divinités, histoires et motifs iconographiques dans les traditions mésopotamienne et grecque suggèrent une influence culturelle partagée. Par exemple, le mythe du Déluge, présent à la fois dans l’Épopée de Gilgamesh mésopotamienne et dans le mythe grec de Deucalion, montre des similitudes frappantes.

Fred Coulon

Passionné d'histoire, de cinéma. Diplômé d'un Master en recherche en histoire antique, d'un Master en enseignement de l'histoire-géographie, d'une licence III en communication-journalisme.

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