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Par Frédéric Coulon : polymathe expliquant l'Histoire-Monde selon l'espace-temps-matière
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Home/ACCUEIL/Aux origines des Indo-Iraniens – II : l’économie du bronze pour conquérir

Aux origines des Indo-Iraniens – II : l’économie du bronze pour conquérir

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Vers 1000 av. J.-C. des cavaliers iraniens franchissent le fleuve Amou-Daria pour peupler le plateau iranien. Plateau iranien qu’ils connaissent fort bien pour avoir été au contact depuis un millénaire par les établissements commerciaux et fortifiés de la civilisation de l’Oxus, et par toutes les routes commerciales alors établies. Le Kazakhstan avait été découvert vers – 2 300 ans comme « une mine d’or à ciel ouvert » et infléchit bien des clans de mineurs-extracteurs de cuivre, et forgerons à exiger là-bas la mise en place de structures nouvelles : l’ensemble de cités-Etats fortifiées autour de citadelles et temples monumentaux, de réseaux routiers et de centres industriels métallurgiques fortifiés sera l’ossature-même de ce qu’on appelle la civilisation de l’Oxus, laquelle connaîtra avec le temps des abandons de sites toujours plus vers l’est, jusqu’en Afghanistan.

Le fleuve Amour-Daria est le coeur battant de ce vaste territoire de l’Oxus qui était déjà mis à profit depuis longtemps par les kulturs indo-iraniennes : jusque-là comme fief aménagé de bâtiments défensifs pour mieux sécuriser les routes commerciales et mieux commercer aux quatre vents vers Inde, Anatolie, Mésopotamie. Ce vaste fief était en effet à une jonction stratégique avec de puissants et nombreux centres industriels métallurgiques fortifiés tenus d’une main ferme par plusieurs kulturs indo-iraniennes plus au nord de l’aire d’emprise de la civilisation de l’Oxus.

La kultur alors la plus puissante en terme de production et de travail des métaux est la kultur de Sintachta. Une grande partie du métal de Sintachta était destinée en flux tendu à l’exportation vers les villes de la civilisation de l’Oxus. Le commerce des métaux entre Sintachta et la civilisation de l’Oxus parvient vite à relier indirectement les régions steppiques aux multiples centres fortifiés de production d’objets métalliques, aux empires et cités-États d’Iran et Mésopotamie. Le marché est presque illimité pour les métaux, les capacités d’écoulement des marchandises métalliques sont un puits sans fond. Les routes commerciales garantissent une sécurité pour les convois marchands venant des quatre points cardinaux. Une sécurité des convois dont des milices indo-iraniennes s’en font la spécialité. Le commerce entre les puissants passent alors de plus en plus par les Indo-Iraniens : droits de passage/douane, engagements contre paiements quant à sécuriser en milices armées les grandes routes commerciales reliant depuis ce territoire de la civilisation de l’Oxus établi au sud de l’Asie centrale, tout un réseau unissant les quatre points cardinaux.

Rendre dépendantes au bronze les puissances mais être effacés culturellement par ces puissances millénaires

Ainsi les Indo-Iraniens se prennent d’affection pour les objets d’art indien, les pierres précieuses mésopotamiennes, l’or égyptien, les denrées agricoles anatoliennes, contre quoi ils troquent obstinément ce qu’ils tirent de leur force première : la connaissance du travail des métaux. Si la plus grande épée en bronze du monde retrouvée, date du IVe millénaire avant notre ère, et appartenait à un seigneur de guerre Maïkop, des épées produites en bronze en série à partir de la fin du IIIe millénaire d’éclosion des kulturs indo-iraniennes, héritières lointaines du savoir-faire des Maïkop de la mer Noire, étaient prisées, recherchées. Cette période, appelée âge du Bronze, est celle de l’armement, du réarmement en plus létal et plus sophistiqué à base de bronze, de biens des puissances qui jusqu’alors commerçaient entre elles tout en se regardant en chiens de faïence : le Moyen-Orient des Hittites, Mésopotamiens, Elamites et l’Egypte pharaonique se disputent alors encore plus âprement et violemment un Proche-Orient aussi prisé que constamment affaibli pour toutes les tractations orchestrées par les grandes puissances régionales. Et fricoter avec les grandes puissances c’est aussi pour ces Indo-Iraniens se voir intégrer petit-à-petit à ces puissants : une route commerciale s’emprunte dans les deux sens de circulation. A ce petit jeu-là l’acculturation comprend deux flux, l’un pouvant être plus intense que l’autre. Le savoir-faire architectural dans la conception de cités, des Mésopotamiens et Elamites, va ainsi afficher sa patte dans les villes fortifiées et villes sanctuarisées de la civilisation de l’Oxus. De manière plus globale, flux de populations et flux culturels venant du sud affichent clairement la civilisation de l’Oxus comme une périphérie progressivement mise à la botte d’un centre névralgique mésopotamien.

Avec ses temples et palais, la ville de Gonur dépé,aujourd’hui au Turkménistan, a sans doute été la capitale de la civilisation de l’Oxus.

Si la culture indo-iranienne va à l’effacement progressif face aux influences architecturales, artistiques, religieuses des puissants indiens, anatoliens, mésopotamiens, élamites, il en va aussi de toute son économie autour du bronze : les chaînes d’approvisionnements en minerais s’étirent tellement qu’à moins d’une migration pleine et entière tout le travail industrialisé d’avant, des métaux devient impossible à volume égal. Les forces de sécurisation et de conquête sont elles-mêmes paupérisées en armes et armures de qualité. Les gisements de cuivre s’épuisent avec une telle incidence que les kulturs indo-iraniennes spécialisées en métallurgie ne peuvent plus s’équiper correctement en objets, armes, armures métalliques, …alors le sort des grandes puissances qui importaient leurs réalisations pour sauvegarder leurs territoires respectifs face à d’autres grandes puissances est l’effondrement (effondrements des Hittites, Mycéniens, très gros consommateurs de bronze dans un objectif de guerre).

Le réseau métallurgique pour s’étendre : les kulturs de Seima-Turbino et d’Andronovo

Dans l’ouest de la Sibérie, les kulturs de Seima-Turbino ont légèrement précédé la kultur d’Andronovo et sont entrées en contact avec elles : au point qu’on puisse les associer sur un plan ethnoculturel. Les kulturs de Seima-Turbino, dynamiques entre 2300 à 1700 ans av. J.-C., ont un modèle d’existence qui, en prenant son essor depuis les monts de l’Altaï, restera très suivi et poursuivi au sein de futures kulturs indo-iraniennes. Elles ont des sites funéraires et des objets en métal remarquables répartis à travers toute l’Eurasie septentrionale, de la Finlande jusqu’à la Mongolie : le métal, la métallurgie sont au centre d’une économie entière : ils maîtrisent le travail du métal, ils conçoivent des objets d’art, haches votives, armes dans un métal qui subjugue et se troque : le bronze.

La kultur d’Andronovo est un passage de cap : quand la kultur de Seima-Turbino collait son emprise territoriale selon son réseau métallurgique, la kultur d’Andronovo est une véritable nébuleuse qui désigne en fait un ensemble de kulturs de l’Âge du bronze, toutes absorbées, assimilées. Ce n’est plus une sorte d’empire économique informel mais un vaste organe indo-iranien capable dans son expansion territoriale continue, d’associer des peuplades locales autochtones. Son noyau dur culturel est la kultur d’Alakul (2000 – 1800 ans av. J.-C.). Autre kultur de l’horizon Andronovo : Fiodorovo (1700 – 1300 ans av. J.-C.) qui laisse des indices de sa présence jusqu’au Xinjiang : soit les ancêtres des Xiongnu, une civilisation nomade qui à la fois a beaucoup gêné de ses menaces d’incursions et pillages la Chine, à la fois a donné naissance à de futurs clans et tribus dits Huns, lesquels seront repoussés par la Chine puis monnayés par Byzance pour s’encastrer avec force du nombre en Europe, au Ve siècle de notre ère.

Les peuplades autochtones rencontrées avaient un grand rôle en matière de connaissances du terrain, de l’environnement immédiat, de la localisation des ressources. Déjà avant la kultur d’Andronovo, la kultur de Seima-Turbino affiche une hétérogénéité génétique : son réseau métallurgique était un levier d’expansion territorial et d’absorption de populations allogènes rencontrées au cours de cette expansion.

Kultur de Sintatcha : des centres industriels métallurgiques fortifiés pour alimenter la civilisation de l’Oxus

C’est bien avant la kultur d’Andronovo que la kultur de Sintatcha fournira massivement du métal vers les villes-citadelles, villes fortifiées, villes-sanctuaires de la civilisation de l’Oxus : ce qui petit-à-petit connecte ces nomades de Sintatcha puis d’Andronovo vers le sud, où les débouchés sont innombrables. Quant à ces centres industriels métallurgiques fortifiés en pleine steppe plane et défrichée de la main répétée de l’Homme, ils sont la reprise hybridée entre un modèle oriental d’agglomération et un modèle européen d’emprise et sécurisation fortifiée de sites de gisements de minerais. La kultur de Sintachta provient en effet d’une seconde vague de migrations indo-européennes depuis l’Europe centrale vers l’Asie centrale vers – 2 300 ans. Cette kultur ramène avec elle en Asie centrale une méthode autour des gisements de cuivre, autour de la mise en circuit commercial des productions métalliques : qu’elle tient de son expérience européenne, expérience européenne elle-même enclenchée dès le IVe millénaire par leurs parents proto-indo-européens Yamnas et Maïkop, sur le sol européen. D’ailleurs la conquête de l’Europe jusqu’à l’Atlantique par les guerriers-nomades Maïkop/Yamnas s’était déroulé selon un schéma similaire de priorités accordées par ces derniers aux ressources, gisements, voies naturelles de communication. C’est-à-dire que c’est au gré de ce que leur kultur originelle affectionnait, ambitionnait, que l’Europe fut progressivement conquise : la première destinée des minerais apportés à leurs forgerons était toujours de maintenir une domination physique, le forgeron concevait donc armes et armures en bronze. Comme cela, des troupes en minorité pouvaient toujours garder en respect les plus nombreux.

La kultur de Sintachta a une emprise puissante dans le sud de l’Oural et le nord de la steppe eurasienne, entre environ – 2 100 et – 1 800 ans. Le site de Sintatcha est un centre industriel métallurgique fortifié. Le site est formé de maisons rectangulaires arrangées en un cercle de 140 mètres de diamètre et entourées d’un mur de terre renforcé de poutre en bois avec des tours et une tranchée profonde à l’extérieur. Les fortifications de Sintachta et des sites similaires tels qu’Arkaïm sont d’une échelle sans précédent pour la région des steppes. Les plus anciens chars de combat légers (avec deux roues à rayons) ont été trouvés dans des tombes de Sintachta : ce principe de la roue et du cheval domestiqué associés autour d’une embarcation de type char est une invention majeure vers – 2 000 ans. Les centres communautaires de Sintachta sont aussi remarquables pour l’intensité de l’extraction du cuivre et de la métallurgie du bronze qui y étaient réalisées. L’économie de Sintachta tournait autour de la métallurgie du cuivre. Les colonies économiques de peuplement de Sintachta transformaient le cuivre et le cuivre en bronze arsénié, à une échelle d’organisation industrielle : tous les bâtiments mis au jour sur les sites de Sintachta, Arkaim et Ust’e contenaient les restes de fours de fusion et de scories : on dépassait donc le cadre d’une simple élite disposant de fours de fusion privatifs pour embrasser un véritable mode de vie, d’existence et de revenu assuré mis au service des commandes passées plus au sud par la civilisation indo-iranienne de l’Oxus.

Les populations de la kultur de Sintachta auraient parlé le proto-indo-iranien. Depuis le sud de l’Oural, les langues indo-iraniennes ont migré avec les Indo-Iraniens en Anatolie, en Inde et en Iran. À partir du IXe siècle av. J.-C., les langues iraniennes ont également migré avec les Scythes dans la steppe pontique.

Vase en or massif scythe, représentant le Roi Targitai, l’ancêtre des Scythes, donnant l’arc, arme smybole de puissance, à son plus jeune fils.

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Author

Frédéric Coulon

Historien antique et religieux diplômé : pour tout vous transmettre depuis les origines du monde. Journaliste diplômé pour tout écrire de manière dynamique. Enseignant diplômé pour rendre le complexe accessible à toutes et tous. Pour tout le reste : un peu d'huile de coude et mon gros esprit de synthèse.

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Le char à chevaux, à deux roues, est inventé vers - 2 000 ans, non pas par la kultur nomade Maïkop de la mer Noire, qui avait inventé les chariots à boeufs à partir de l'invention de la roue par ses cousins anatoliens vers - 4 000 ans, mais par une kultur nomade ouralienne du nord de la Russie d'Europe. Mais cette kultur nomade ouralienne était descendante des conquérants Maïkop et Yamnayas.
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