ART DE LA GUERRE – 1 : quand l’Âge du Bronze meurt de ses excès

Homo Sapiens à gauche, qui s’hydridera avec Neandertal petit à petit. Tout à droite Homo Denisova qui résistera à toute hybridation génétique d’avec Sapiens, même si accouplements et hybridations avec l’Homme de Neandertal sera parfois effectué.

Entre 100 000 et 60 000 ans avant notre ère, le Proche-Orient est un terrain de lutte sans merci entre Neandertal déjà là depuis 300 000 ans avant notre ère, et Homo Sapiens qui subit des échecs quant à prendre le Proche-Orient, ses ressources et son gibier. Ce qui est alors un terrain de chasse va mettre en opposition des combattants chasseurs-cueilleurs, avec leurs propres armes de chasse au gros gibier. Neandertal est bien plus chasseur de bêtes, de gros gibiers qu’Homo Sapiensn Homo Sapiens qui doit faire face à de petits clans néandertaliens tous trapus, hauts et forts et utilisant les armes les plus létales de ces temps. Vers – 60 000 ans, retrait ou pas des Néandertaliens du Proche-Orient, les Homo Sapiens s’installent enfin dans cette zone qui sera appelée plus tard le « Croissant fertile » : terres de toutes les possibilités.

Le Proche-Orient (le Levant) mettra aux prises Homo Sapiens (gauche sur photo) sortant d’Afrique de l’Est par le désert du Sinaï, et Homo Neanderthalensis (droite sur photo) déjà présent sur les lieux, en faisant son terrain de chasse. La lutte va durer 40 000 ans, au bout desquels Neandertal est la première espèce humaine au monde à inhumer dignement ses morts, et où Sapiens a su développer une coordination de lutte armée jusque 150 individus par tribu, pour parvenir à chasser Neandertal du Proche-Orient, lequel Neandertal ne s’associait que selon des clans d’une douzaine d’individus maximum…

Le premier conflit et carnage, recensé date de vers – 11 000 ans, dont les traces ont été retrouvées par des archéologues au Proche-Orient : crânes fracturés, poches de plusieurs squelettes indiquant des inhumations à la va-vite, suite à la fin dudit conflit. Vers – 6 000 ans en Europe, trouvailles lors de fouilles archéologiques de squelettes plantés de pointes de flèches. Pire encore, dans les îles britanniques et dans l’Espagne du IIIe millénaire avant notre ère, des études ADN, génétiques, établissent que les hommes de tribus et clans entiers ont été formellement assassinés par une peuplade étrangère, qui maintiendra les femmes autochtones en vie pour se reproduire localement et essaimer leur propre ethnokultur. L’ethnokultur Yamnaya, mais plus sincèrement Maïkop, kultur-mère de la kultur des Yamnayas…

Les grandes tribus Yamnayas reçoivent l’ordre d’essaimer par leur civilisation-mère Maïkop : aux quatre points cardinaux, vers – 3 500 ans…

Cette nouvelle ethnokultur va combiner un substrat d’agriculteurs et agricultrices d’origine anatolienne (actuelle Turquie), comme absorbant les fameux nomades-pasteurs-guerriers proto-indo-européens qui giclent dans toute l’Europe, ou qui seront annihilés et tués pour voir ensuite leur ancien territoire être occupé. Occupé par qui ? Par une nébuleuse de nomades connaissant la roue et donc les chariots tirés par des boeufs transportant tout le nécessaire sur de longues distances. Par une nébuleuse de nomades à mobilité rapide, et guerriers à la fois, utilisant et maîtrisant le bronze dans leurs armes et protections, quand en face les Européens autochtones présents, vivaient en villages à maisons de bois et étaient issus d’une Anatolie qu’ils avaient quitté avec stocks de semences et graines végétales, avec en somme un savoir-faire agricole mais non guerrier… Donc toutes rencontres finiront soit dans le bain de sang concernant les hommes agriculteurs autochtones, soit en cas de résilience d’un substrat ethnoculturel local cela finira par une lente hybridation.

Les envahisseurs connaissaient déjà les armes en bronze

Les auteurs de ces actes colonialistes violents n’étaient autre que des guerriers-nomades maniant déjà la métallurgie du bronze et en concevaient du coup des armes encore plus solides et létales que jamais jusqu’alors. Ce sont les proto-Indo-Européens du pourtour de la mer Noire, forts d’un système confédéral très hiérarchisé par le service dévoué à rendre à son supérieur, et ce ad vitam eternam et jusque tout en-haut d’une pyramide sociale : un Roi confédéral régnait avec rigueur et absolutisme à la fois sur divers seigneurs de guerre, lesquels régnaient chacun sur leur tribu respective, laquelle tribu régnait sur une myriade de clans familiaux. Aucun nom de roi régnant n’est connu, par contre la kultur et la peuplade pasteur-nomade-guerrière Maïkop, est à l’oeuvre tel un noyau dur d’une nébuleuse Yamna, peuple frère des Maïkop conditionné pour prendre des territoires vers l’ouest en transitant de Russie d’Europe vers jusque l’Europe de l’ouest.

Les nombreuses tribus Yamna à l’assaut de l’Europe ? Oui en effet mais toujours pilotées et encadrées dans toutes démarches de colonisation des territoires européens par des élites, prêtres et seigneurs de guerre du noyau central civilisationnel Maïkop. Les Yamnas menaient jusqu’au IVe millénaire avant notre ère une existence de pasteurs-nomades qui vivaient de leurs troupeaux depuis la mer Noire en son Nord et en son Est. Lorsque vers – 3 500 ans, la civilisation-mère Maïkop met au point le vaste projet de conquête de toutes les terres plus vers l’ouest-européen, les Yamnas en deviennnent que de simples exécutants à qui on promet et jolis pâturages pour leurs bovins et ovins. Et de toute façon nous sommes en une époque où les herbages s’assèchent et où le climat perd en température. C’est comme s’il fallait migrer coûte que coûte pour survivre, vers l’ouest.

De quelles invasions de proto-Indo-Européens parlons nous ? Meurtres de masse des hommes des populations locales rencontrées en Europe, et leur remplacement génétique, mais aussi généralisation de l’invention de la hache de combat en bronze, laquelle hache de combat symbolise toute une kultur dite de la « Hache de combat » s’étalant sur tous les pourtours de la mer Baltique et depuis l’Europe du Nord jusque le sud-Allemagne au Sud, et gardant bien présentes en actuelle Ukraine et sud-Russie de nouvelles tribus de parenté Maïkop et Yamna, lesquelles tribus semblent alors remplacer tous les Yamnas ayant vidé les lieux des steppes pontiques, comme pour se préparer un beau jour à prendre leur relais ou les renforcer dans leur démarche décidée en haut-lieu par les Maïkop de marcher en Europe toujours plus vers l’ouest.

La kultur de Maïkop et son Seigneur de guerre en chef de toute une caste d’autres seigneurs de guerre tribaux, avait mis en place une Confération reliant entre ses membres qui que ce soit par le serment de fidélité, un peu l’ancêtre du système féodal au Moyen-Âge. Ce Roi confédéral (photo) devait rendre des comptes au Chef religieux de la caste des prêtres, lequel prêtre en chef conseillait, sussurait, proposait, suggérait, mais toujours gardait le pouvoir de contredire le Roi. Un système de trois classes, sacerdotale, guerrière, artisane étalait selon un horizon l’exercice du pouvoir et de l’initiative, horizon à spectre s’élargissant beaucoup par le biais de structures comme des guildes artisanes, des confréries guerrières, voire des corporations associant l’épée à l’enclume du forgeron dans un objectif colonisateur…

La kultur de Maïkop, par la diffusion de son savoir-faire brillant en métallurgie du bronze est donc à l’origine de l’avènement dans toute l’Europe de l’Âge du Bronze. Lequel Âge du Bronze voit la formation et constitution ethnoculturelles de véritables civilisations soeurs comme Celtes et Germains, Slaves et Baltes, Celtibères et Celtes, proto-Vikings et Germains, Celtes et Italiques, Mycéniens et Minoens, …

Les civilisations nées du choc culturel entre les guerriers-pasteurs proto-indo-européens Maïkop et Yamnayas, et les populations agricultrices autochtones qui depuis trois millénaires auparavant avaient gagné le continent européen depuis l’Anatolie (actuelle Turquie)…

La Guerre de Troie puis dans la foulée la bataille colossale sur le plan tactique et sur le plan du nombre d’unités militaires engagées en combat, entre l’Egypte pharaonique et l’Empire Hittite à Qadesh en – 1 274, vont essouffler l’Âge du Bronze, vont l’achever : le déploiement colossal sur ces deux fronts Troie et Qadesh sera fatal à l’Empire Hittite, qui s’était toujours basé sur sa métallurgie pour son essor et développement en Empire puissant.

Ce n’est pas qu’il n’y avait plus de cuivre ni d’étain en minerais disponibles, un alliage permettant de créer le bronze selon 10% d’étain 90% de cuivre, c’est juste que le bronze ne permettait plus dorénavant d’épouser de telles demandes d’armées supuissantes en boucliers, armures, casques, épées, lances en bronze, et que les temps indiquaient tout juste aussi que si Troie avait demandé 10 ans de siège aux Achéens/Mycéniens pour toucher au but, ou que Qadesh était toujours perçue et défendue ardemment comme frontière naturelle, conventionnelle entre velléités égyptienne et hittite, ces deux théâtres de guerre auraient tout simplement comme par magie montré l’absurdité de la guerre de grande échelle, la guerre pour intérêts économiques ou pour maintenir le commerce par la prise de routes terrestres ou maritimes, la guerre pour des milliers d’innocents tués en combat, la guerre pour deux egos et ambitions personnelles qui s’entrechoquent… Ou tout simplement la guerre qui devenait incapable de résoudre quoi que ce soit de bon… Guerre vaine. Oui sauf que Guerre de Troie et batailles répétées entre Egyptiens et Hittites autour de la région de Qadesh sont si interconnectées que nous pouvons parler d’une guerre régionale à l’échelle de l’Est-Egéen, Ouest-anatolien, Sud-syrien et nord-libanais, sud-Levantin. Avec des positions se déclinant comme suit :

  • L’Egypte pharaonique et ses armées obtiennent un statu quo et une paix pour plusieurs décennies, en 1274 av. notre ère, à l’issue de la plus colossale bataille de Qadesh contre l’Empire Hittite, en nombre d’unités combattantes s’affrontant, et doit donc trouver une autre solution pour venir à bout des Hittites : mobiliser les Achéens de Grèce pour qu’ils ouvrent un deuxième front parallèle en nord-ouest de l’Empire Hittite, tout en maintenant des troupes égyptiennes sur le front Sud des Hittites dans la région de Qadesh
  • Selon Homère, dans son récit de l‘Iliade, Hélène, fille de Zeus et de Léda, était mariée à Ménélas, roi de Sparte, avant d’être enlevée par Pâris, prince troyen. Se déclenche alors la guerre de Troie qui oppose Achéens (ancêtres des Grecs plus tard du VIIIe siècle av. notre ère) et Troyens. Vers – 1 240 ans, les Achéens se regroupent, se mobilisent et assiègent Troie, cité-Etat du Roi Priam, allié des Hittites. A noter que les cités du rivage anatolien (actuelle Turquie) sont levées en soldats et envenimées contre l’Autorité Hittite qui les vassalisait, par les Achéens, puis une armée importante se constitue, quand d’autres populations ouest-anatoliennes feront l’objet d’une toute autre opération parallèle ayant pour objectif de déstabiliser les capacités défensives et militaires égyptiennes : les fameux « peuples de la mer ». Cette nébuleuse d’hommes armés navigue soit vers le sud-Levantin pour tout déstabiliser (le sud-Levantin étant sous influence égyptienne) soit vers la Libye touchant l’Egypte en son ouest, soit directement vers le delta du Nil, soit vers les trois à la fois…
  • A ce point-là de mon analyse, on résumera donc : à la tentative de déstabilisation de l’Egypte pharaonique par l’Empire Hittite, par l’utilisation comme proxys des fameux « peuples de la mer », se mène dans l’autre sens la déstabilisation de l’Empire Hittite en son Nord-ouest et Ouest par des levées de troupes par des généraux achéens dans diverses cités vassalisées jusque-là par les Hittites. Chaque empire, Hittite comme Egyptien, entend donc mobiliser de nouvelles forces pour les retourner contre l’adversaire, dans un but de faire sauter un jour le verrou autour de la région de Qadesh (sud de l’actuelle Syrie).
  • Dans tous ces efforts de guerre continus, le bronze constituent à la fois les équipements des fantassins de l’époque, surtout les souverains, seigneurs de guerre. Autant petit-à-petit le bronze pose dans problèmes fondamentaux d’approvisionnement. Nécessitant un travail en forge autour de 90 % de cuivre, 10% d’étain, le bronze, pour être fabriqué en quantité suffisante en temps de guerre mobilise des convoyages jusque vers les îles britanniques pour l’étain, jusqu’à Chypre pour le cuivre mais aussi vers bien d’autres destinations pour lesquelles toute circulation en ces temps de hautes tensions intrernationales était chahutée voire brisée, rompue. Après des temps anciens où les souverains et seigneurs de guerre arboraient des armures majestueuses, vient alors ici avec les guerres de Troie et Qadesh la montée en puissance du HEROS demi-dieux : celui qui obtient la tâche par le mérite au combat, d’être l’élu de son peuple, de son armée, le champion de son Roi, et qui pour remplir sa tâche de sceller le sort de chaque bataille de terrain est amené à affronter en mano a mano le champion de l’armée adverse. Achille le demi-dieu achéen affronta Hector de Troie, devant les portes monumentales de la cité-Etat de Troie.
Le temps des héros de la Guerre de Troie, est aussi la fin des temps de l’héroïsme individualisé, charismatiquement incarné par un leader, un meneur, un héros de la guerre reprenant les us et coutumes dans son art de la guerre, d’un simple seigneur de guerre : décidant de vie ou mort de l’adversaire et de ses propres troupes. Achille, ici incarné sur la photo par Brad Pitt, incarne ainsi dans le film TROIE celui qui est le mieux équipé en armure et armes en bronze, tout autant qu’il entend régler à lui-seul le sort d’une guerre, ses troupes étant en quelques sortes moins bien équipés, faute de bronze manquant petit-à-petit à l’appel chez les forgerons, chez les circuits d’approvisionnement en cuivre et étain envers ces forgerons, en des temps où bien des routes commerciales sont coupées ou piratées… Alors des héros de guerre, des champions à l’origine de l’Esprit, plus tard, de chevalerier, devront endosser un rôle majeur, ne serait-ce que pour ménager des fantassins dans leur dos, mal équipés…
Une épée de bronze, métal et alliage bien plus solide que tout élément utilisé en ces temps, par les guerriers. Les Maïkop de la mer Noire avait réussi le tour de force d’avoir aggloméré en eux le savoir-faire métallurgique de l’Anatolie en leur Sud avec une grande mobilité en leur Nord, à travers les tibus Yamnas qu’ils dirigeaient et commandaient avec leurs élites sacerdotales et guerrières.

On passera alors à l’âge du Fer… Qui lui, le fer, « se cueille », n’a pas besoin de beaucoup de travail de la part d’un forgeron. C’est alors que le fer étant un facilitateur d’armement et équipement de troupes militaires, la notion de guerre va prendre une toute autre ampleur : après le temps des héros de guerre, et autres demi-dieux achilléen, ulyssien, ajaxien, …. viendra le temps de batailles à plusieurs nervures combinées : nervure maritime et nervure terrienne combinées.

Maîtrisant la roue puis le chariot tiré par des boeufs, les nomades Maïkop inspireront les premiers chars de combat à cheval à deux roues, qui seront l’oeuvre de peuplades du Nord de la Russie d’Europe… Lors des batailles colossales de Troie et Qadesh au XIIIe siècle avant notre ère, de tels chars à cheval à deux roues seront très utilisés, à la fois côté Hittite à la fois côté Egyptien, à la fois côté Achéen. Tout cela pour rappeler que le grand conflit régional entre Empire Hittite (et ses proxys des « peuples de la mer ») et Empire Egyptien (avec les proto-Grecs dits Achéens comme proxys) partageaient des origines culturelles assez semblables. A l’issue de la formation de faciès ethnoculturels nouveaux dans les Balkans le long du Danube depuis l’arrivée de puissants convois de proto-Indo-Européens Maïkop/Yamnas au début du IIIe millénaire av. notre ère, une branche de l’ethnoculture des proto-Grecs file coloniser plus au Sud la Grèce continentale, quand une seconde branche des proto-Grecs file passer le détroit du Bosphore pour s’installer en Anatolie, assurant une mission de protection d’un petit royaume pionnier local appelé « du Hatti », ces proto-Grecs vont être absorbés pendant une acculturation avec les Hattis, jusqu’à devenir un Empire dit Hittite (Hatti/Hittite). Les Achéens avaient-ils donc un côté « mercenaire » selon l’Egypte pharaonique, qui pouvaient être retournés contre un peuple (les Hittites) qui pourtant leur était « frère » ?

Frédéric Coulon

Historien antique et religieux diplômé : pour tout vous transmettre depuis les origines du monde. Journaliste diplômé pour tout écrire de manière dynamique. Enseignant diplômé pour rendre le complexe accessible à toutes et tous. Pour tout le reste : un peu d'huile de coude et mon gros esprit de synthèse.

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