L’Empire US en naufrage face à une Chine maîtresse de la mondialisation
Berceau il y a 2 000 ans de la mondialisation, à travers une Route de la soie connectant l’Orient à l’Occidentromanisé, voie de communication terrestre majeure que les empereurs chinois successifs sécurisaient par des milices armées pour faciliter les échanges mondiaux, la Chine tient encore aujourd’hui les rênes de l’économie mondiale. Car tous ses circuits d’approvisionnements, de production et de commercialisation, la Chine les sécurise. Si la Route de la soie date d’il y a deux millénaires, l’existence des Etats-Unis d’Amérique ne dépasse pas les 250 ans. Quand la Chine est dans un monde en mouvement, les USA montrent déjà tout un tas de signaux d’un colosse trop jeune, aux pieds d’argile…

Depuis le grand rénovateur Deng Xiaoping (au pouvoir dès 1978), en Chine les grands plans de développement nationaux quinquennaux voire décennaux sont calibrés pour associer espionnage industriel du complexe militaro-industriel de tout l’Occident, mise au travail de masse des populations chinoises dans ce qu’on appelle une vaste usine-monde, ce qui permet ensuite d’inonder les marchés de consommateurs mondiaux par des produits manufacturés peu chers à fabriquer donc à des prix de vente si bas que toute concurrence est désarçonnée sur tout produit similaire (politique du dumping). Toujours selon ce schéma expliquant la puissance économique de la Chine, il suffisait aux dirigeants chinois de mener un dirigisme économique et politique ensuite au sein de leurs propres frontières pour initier puis doper un puissant complexe industriel/technologique qui se charge par de la recherche & développement de monter en gamme de manière vertigineuse sur les produits manufacturés fabriqués : si on était il y a 20 ans sur une capacité des Chinois à concurrencer les produits textiles occidentaux par exemple, de nos jours les Chinois sont capables de renverser totalement la table du marché de l’automobile en ayant trouvé avant tout le monde des process pour produire des voitures électriques, et ce, pareillement de manière à inonder les marchés occidentaux de l’automobile (dumping / car les voitures électriques les moins chères du marché sont chinoises).

Les USA pourrissent à la racine…
Le jeune « empire » US, qui n’a pas la maturité de la Chine, avec ses 250 ans d’existence, subit sans tout-à-fait comprendre, ou penser des solutions une vaste désindustrialisation, une augmentation de la mortalité infantile, un pourrissement global par sa base, par sa racine, un pourrissement aussi par les inégalités qui divisent le socle social et électoral. De plus, la population états-unienne est tellement biberonnée par le soft power tant cinématographique que musical intérieur, subissant un manque d’accès à la véritable culture, qu’à la différence d’une forte proportion de la population chinoise très éduquée, très formée, très rigoureuse, les Américains actuels ne peuvent être considérés comme un vivier capable d’imaginer un monde US de demain, à commencer par pouvoir se mobiliser et pousser à la porte de la Maison-Blanche un Donald Trump dont ils n’apprennent par les médias, au final, que ce qu’ils ont le droit de savoir.

Les USA ont le taux de mortalité le plus élevé désormais, parmi les pays riches.
Le sort des USA au crochet du pétrodollar…
Les USA ont un lourd déficit commercial vis-à-vis de la Chine, de 170 milliards de dollars, ce qui est bien moins important que vis-à-vis d’avec l’Europe (400 milliards). Plus important encore, les Etats-Unis ont contracté 40 000 milliards de dollars de dette. Soit 125 % du Produit intérieur brut US. En temps normal, les USA ne peuvent avoir plus aucune marge de manoeuvre sur sa scène intérieure comme sur des théâtres de guerre extérieur comme l’Iran. Et pourtant… Le dollar est la monnaie des échanges pour les énergies pétrolières, on l’appelle alors le pétrodollar : cela permet aux USA de se nourrir d’afflux de devises générés à chaque transaction internationale ou échanges bilatéraux ou multilatéraux autour du brent (baril de pétrole). Par le pétrodollar il faut simplement comprendre que les pays producteurs de pétrole sont manoeuvrés dans leurs investissements vers le sol états-unien. Et de manière plus large, si la dette publique américaine est une horreur absolue qui devrait leur imposer une mise sous contrôle/tutelle de ses budgets par un organisme comme le FMI, il y a comme du compromis de façade qui rappelle à tout le monde que les USA sont une colossale terre d’accueil d’investissements étrangers. Donc, si le dollar cesse un jour d’être la monnaie hégémonique mondiale et si les investissements étrangers se détournent des USA, alors les USA seront paupérisés et atrophiés, même sur leur propre marché économique intérieur/national.

Montée en gamme chinoise dans ses produits manufacturés
Les pays asiatiques de manière globale, dont la Chine, forment aux métiers de demain que la mondialisation génère. La jeunesse chinoise est par exemple non plus destinée tout-à-fait à servir l’usine-monde qu’est le pays actuel, comme ouvriers, mais à générer bientôt un véritable marché de consommation intérieure dans la Chine : qui emploiera ingénieurs, roboticiens, programmeurs IA, tout en produisant des produits technologiques de plus en plus sophistiqués, et tout en rendant accès tous ces produits à sa propre population chinoise. La Chine se forme ainsi à passer le cap de la cueillette des fruits mûrs de la mondialisation tout en semant et plantant de quoi devenir un géant économique incarnant de manière mimétique la phase actuelle de la mondialisation. Dont elle sera l’unique régulateur, donc le moteur. Quand sa propre population consommera, la Chine verra ses concepteurs, ingénieurs, chercheurs inonder cette fois-ci les marchés mondiaux de produits très sophistiqués.
Quel conflit à distance entre positions US et positions chinoises ?
Conflits douaniers, approvisionnements plus difficiles en matières premières, guerres : la mondialisation est devenue fragile. Le jeu est peu équitable de base entre des puissances prédatrices et des pays fournissant les matières premières. Mais lorsque ces puissances disposent elles-mêmes de matières premières, elles appuient leur politique tarifaire et douanière dessus pour optimiser les revenus à tirer de leur commercialisation. Quand Trump tape sur l’Iran pour s’accaparer pétrole et gaz, la Chine a déjà développé tout un circuit depuis le Congo, combinant l’extraction de minerais et terres rares et la sécurisation de leur acheminement jusqu’en Chine. USA et Chine ne jouent pas dans la même cour d’école.

Adam Smith avait prévenu des failles du libre-échange…
Une division du travail s’est opérée par tous les pays, au point ou un pays précis peut avoir majoritairement une population de mineurs, extracteurs par exemple. Une spécialisation de bien des pays a été réalisée contrainte et forcée afin d’accrocher les wagons de la mondialisation, promettant la croissance économique. Ce système est celui du libre-échange conceptualisé par Adam Smith, mais ce dernier admettait que si une rupture dans une chaîne d’approvisionnement-transformation manufacturée-commercialisation du produit fini avait lieu, c’était toute la chaîne qui en subissait la crise. Les vêtements vendus à bas prix en Occident sont par exemple fabriqués par toute une industrie de petites mains au Bangladesh, et maintenant également par de vastes complexes industriels en Chine.
Trump est un fou sur un échiquier dont tous les autres pions sont chinois
Le jeu diplomatique de certaines classes politiques à la tête de puissances peut devenir agressif : soit par des diktats économiques soit par des guerres soit les deux à la fois. Des mesures protectionnistes peuvent être prises, des taxations douanières, certains politiques puissants peuvent être en conflit d’intérêts lorsqu’ils avancent leurs pions comme ils avancent les pions de leur propre complexe militaro-industriel : comme la guerre en Iran, qui fait tourner l’industrie d’armement US dans le but de mettre la main sur le pétrole et le gaz iraniens. Cela relance artificiellement l’emploi et l’économie aux USA tout en voulant faire d’une pierre deux coups en s’accaparant les richesses énergétiques de l’Iran, 3e plus grande réserve mondiale de pétrole. Mais si Donald Trump fait vaciller et dérègle bien des circuits de l’actuelle mondialisation, ce sont les coups d’épée dans l’eau d’un empire US jeune de 250 ans face à une Chine inventrice de la mondialisation, via sa Route de la Soie il y a déjà 2 000 ans.

Le cas Maduro/Vénézuela : Trump croit affaiblir la Chine mais affaiblit plutôt l’Occident
Entre un pot de terre américain qui convulsionne et donc tente son va-tout dans deux domaines qu’il pensait maîtriser, l’économie de conquête des marchés s’appuyant sur une économie-monde dollarisée et pétrodollarisée, et sa technologie militaire et du renseignement, et le pot de fer Chine qui est en totale maîtrise des moindres circuits de l’actuelle mondialisation, le modèle US est en plein chant du cygne. Pour illustrer ce phénomène par un cas concret récent : la capture de Maduro, Président du Vénézuela est spectaculaire au profit de l’image de Trump. Mais dans le fond du dossier, le pétrole vénézuelien est très lourd, il demande des investissements énormes pour être traité puis être commercialisable. Or, si les USA savaient que la Chine avaient lourdement investi au Vénézuela pour justement traiter ce pétrole très lourd, ils ont réfléchi qu’à une chose : retirer la position chinoise entièrement du Vénézuela, mais ils n’ont pas réfléchi qu’en ces temps de récession mondiale le pétrole vénézuelien, raffiné par les Chinois sur place, auraient soulagé les marchés du brut, et donc les prix à la pompe.

Le coup d’avance chinois sur l’utilisation des circuits de la mondialisation
On ne peut pas heurter définitivement, ou arrêter une mondialisation qui existait bien avant l’empire et l’impérialisme américains. La mondialisation perçue actuellement par la Chine est l’adaptation rapide à un monde à venir se passant d’énergies fossiles. La mondialisation perçue par Trump est un vaste réseau de circuits de petites affaires commerciales, boursières, financières et marketing dont il entend ramener tous les bénéfices à lui-même et son clan familial, comme s’il jouait au Monopoly pendant que Xi Jinping suit de très près des plans quinquennaux et décennaux de développement stratégique, dont les tout premiers datent du grand rénovateur chinois Deng Xiaoping. En épousant et en soufflant dans les circuits de la mondialisation actuelle, la Chine ne joue plus du tout dans la même cour d’école que les USA. Un monde va mourir certes, après une décadence déjà amorcée, … mais se refaçonnera.
L’autre grand géant d’Asie, l’Inde, avait développé toute une grande symbolique spirituel autour de la ROUE dès lors que tout son nord-ouest avait été conquis il y a 3 800 ans de cela, par des convois de guerriers-nomades Indo-Aryens venus d’Asie centrale. Dans l’hindouisme comme dans d’autres religions d’origine indienne, la roue représente le samsara , c’est-à-dire le cycle continu de la naissance, de la vie, de la mort et de la réincarnation. D’ailleurs, que Donald Trump soit un fossoyeur de l’Amérique, l’Amérique s’en remettra. Mais après un tel excès, de telles convulsions d’empire malade, la patience sera de mise.
Bertrand, Pour trois raisons, je vous adresse un très grand merci : 1/ certaines cruautés de l'Histoire (l'Histoire,... même des…
Bonjour Frédéric, je viens de découvrir votre site et vos publications, une vraie respiration, un bol d'air frais. Bref beaucoup…