Une continuité historique existe entre les deux mythes de l’Atlantide et de la Guerre de Troie. Si un mythe n’est pas vrai en soi, il est toujours une tentative de récupération d’un passé bien réel, qui est en outre magnifié de telle sorte qu’il a pour objectif de provoquer un rebond civilisationnel : en clair un mythe a ses parts de vérité, ces parts de vérité sont son objectif politique tout autant que le passé qu’il relate. Les mythes sont fantasmés, relayés oralement, et un jour écrits afin de conjurer une mauvaise passe historique ou une période obscure dont il faut s’affranchir pour faire regagner la lumière à sa civilisation.

Pour rappel le mythe de l’Atlantide est l’engloutissement par les flots d’une civilisation savante, raffinée dont les Grecs en font leur civilisation-mère : les Atlantes seraient ancêtres des proto-Grecs. Certains chercheurs établissement pour vers – 16 000/- 14 000 ans un réchauffement climatique, une fonte de la calotte glaciaire, une montée globale des eaux maritimes et l’engloutissement en série de littoraux, îles, presqu’îles. Ce mythe des Atlantes prendrait racine en cette période, et donnera inspirera une civilisation proto-grecque à la fois habile dans le monde insulaire et hyperconnecté par sa flotte de vaisseaux, à tout le bassin oriental de la mer Méditerranée, les raffinés Minoens, à la fois habile en Grèce continentale et connecteurs entre l’Europe balkanique et danubienne, et l’Asie mineure (actuelle Turquie) : les Mycéniens.
Homère puis Platon en donneurs de leçons et donneurs de mythes
Le lien historique habillé de périodes obscures qui rendent le travail de l’historien difficile, entre les deux mythes de l’Atlantide/de la Guerre de Troie, révèle paradoxalement une part de vérité historique dans ces deux mythes et par là même le lien historique reliant ces deux mythes. C’est pourquoi au sortir des « siècles obscurs » grecs où l’écriture disparaît en Grèce, où la vie semble s’être arrêtée, Homère relate dans l’Iliade la Guerre de Troie, au VIIIe siècle avant notre ère : il cherchait la remobilisation populaire, il tentait d’amorcer un retour de lumière civilisatrice.

Puis Platon, en une Grèce classique cherchant à tout rationaliser, jusqu’à les origines-mêmes des Grecs, écrit et fait diffuser son Timée, mi-IVe siècle avant notre ère. Le Timée devait composer une trilogie avec le Critias et l’Hermocrate, mais rien de ce dernier dialogue ne nous est jamais parvenu. Cette trilogie avait pour projet de décrire les origines de l’univers, de l’homme et de la société. Et parmi cette trilogie sont esquissés, présentés le peuple des Atlantes, dans précisément le Critias. Sans doute par fierté et ego, Platon tranche et incite à le suivre ainsi sur le mythe d’Atlantes à caractère royal, dont se serait extirper la démocratie plus vertueuse pour l’Athènes d’alors.
Des rois Atlantes qui auraient été terrassés par les premiers Grecs ? Ces premiers Grecs seraient les ancêtres d’Athènes…tout comme ces rois atlantes seraient ces rois et reines minoens de Crète, véritable peuple des mers incarnés, et centralisant dans leurs palais l’ensemble des richesses produites sur l’île de Crète. Quand les Mycéniens colonisèrent la Crète balbutiante, prirent leurs fameuses routes commerciales, leur réseau d’import-export, ces Mycéniens étaient les vainqueurs de l’Histoire proto-grecque, les champions Grecs d’ennemis des mers, d’incarnations de rois et reines guerriers atlantes.

La gloire ancienne des Grecs si récente du temps de Platon, étant légitime selon lui puisqu’elle est d’une ancienneté mythique : les Grecs ayant battu le coeur tyrannique-même, monarchique, de leur propre coeur battant originel, et devant faire le choix avec raison de la démocratie. Sorte de réécriture de l’Histoire par Platon, le mythe de l’Atlantide devait demeurer un…mythe pour toujours : mythe fondateur certes mais bien encombrant pour la civilisation proto-grecque puisque ces hommes des mers, ces Atlantes habiles sur mer avaient comme effigie incarnée la civilisation minoenne et sa puissance sur mer, sa thalassocratie, . Tandis que le mythe de la Guerre de Troie, relaté par Homère, cochait toutes les cases au VIIIe siècle avant notre ère pour faire sortir à la lumière les descendants des mycéniens.
Le signal était clair d’après L’Iliade d’Homère : avec héroïsme la victoire obtenue à Troie, en plein territoire administré par l’Empire hittite (territoire équivalent à l’actuelle Turquie), et au prix d’affrontements militaires face à ces Hittites puissants, renommés pour leurs bataillons de chars de combat, leurs arcs pouvant viser à plus longue distance, doit être selon Homère, 400 ans plus tard, la victoire d’une civilisation, civilisation devenue glorieuse d’héroïsme. Mais pourtant, nous verrons plus bas combien les Mycéniens, aussi valeureux avaient-ils été, n’étaient que des pions sur un vaste échiquier tenu par l’Egypte pharaonique, laquelle ira, elle, accompagner à sa manière ces Mycéniens attaquant l’Empire hittite en son nord-ouest, par sa propre attaque par le sud de l’Empire hittite… Tentative de prise en tenaille d’un Empire hittite, qu’il fallait bien orchester aux yeux de l’Egypte : les Hittites étaient la grande puissance rivale qui ambitionnaient de prendre le Proche-Orient.
Depuis les Guerres Médiques il y aurait un Occident et un Orient, …la diffusion des mythes résiste pourtant à toutes frontières…
S’il faut attendre les Guerres Médiques (les guerres médiques opposent les Grecs aux Perses de l’Empire achéménide au début du Ve siècle avant J.-C.) pour laisser entendre que le monde se diviserait en un Occident et un Orient, avec la civilisation grecque comme une sorte d’avant-poste occidental face à l’Orient, cela faisait bien longtemps que mythes et légendes orientaux avaient rendu caduque toute idée culturelle d’une division en deux du monde. Car au Ve siècle avant J.-C. au moment des Guerres médiques, ce monde avait brassé ses civilisations : centre et sud-asiatique (Chine, nord-Inde), Moyen-Orient (les Elamites d’Iran actuelle et nord-péninsule arabique actuelle, les Sumériens du sud-Irak actuel), le Levant (les descendants de la kultur des Natoufiens du XIIe millénaire avant notre ère, au sud-Anatolie, en Syrie actuelle et sur tout le littoral allant du sud-syrien actuel à l’Egypte). Petit exemple : le plan orthogonal des rues des cités-Etats grecques du Ve siècle avant J.-C. n’est que le témoignage d’un savoir-faire issu des civilisations de la vallée de l’Indus du IIIe millénaire avant notre ère, dont des cités-Etats d’Asie mineure comme Milet restent un relais culturel, un point de transfert du savoir-faire architectural indien qui par les conquêtes des Mèdes depuis l’Iran actuelle, sous influence indienne, jusqu’en Asie mineure, avaient diffusé ce savoir-faire : depuis une Inde qui bordait leur civilisation médique en son Est.
L’Occident a subi les influences orientales
N’est Orient que ce qui est son propre Est, selon les points cardinaux, mais cet Est est l’Ouest d’un Est. Le cheminement des mythes, et l’état de fait constatable de leurs similitudes à travers le monde occupé très tôt et civilisé très tôt, s’est en effet effectué d’Est en Ouest, mais rien ne les a arrêté, aucune frontière même d’empire, ne les empêché de passer vers l’Ouest (sic). Les proto-Grecs sont tout simplement des Anatoliens, les Anatoliens sont simplement des descendants de Natoufiens… On en revient au concept de « Croissant fertile », berceau des civilisations, qui a arrosé de vie Proche et Moyen-Orient. Mais des berceaux orientaux en Inde et Chine, avaient été aussi puissants de vitalité. Cette vitalité a forgé ses mythes également : étrangement beaucoup sont semblables aux mythes « occidentaux ». Les mythes sont des boomerangs lancés en plein champ fleuris : il vous revient en ayant subi une altération, une modification. Le mythe est moyen de communication mais aussi levier de compréhension de l’Autre et du monde environnant d’abord, monde lointain si on est patient quant au retour du boomerang.
La part de vérité historique visible entre le mythe de l’Atlantide et le mythe de la Guerre de Troie est aussi le témoignage de mythes et légendes plus anciens les ayant inspirés. Issus du monde mésopotamien, de grands mythes et légendes avaient été relayés par l’oralité puis l’écrit vers l’Ouest : Proche-Orient, Anatolie, Balkans, Grèce continentale, îles et presqu’îles et péninsules de tout le bassin méditerranéen. Ces mêmes mythes et légendes mésopotamiens étaient les premiers à être inscrits sur tablettes d’argile, à être écrits et diffusés par l’écrit, tandis que sous forme de traditions orales ils étaient eux-mêmes un parfait brassage fantasmatique entre des civilisations déjà puissantes aux IVe et IIIe millénaires avant notre ère : les civilisations de l’Indus à l’agencement urbanistique hors-norme et si avancé à la fois, de par l’entremise de la civilisation du nord de l’Inde (vallée de l’Indus) il fallait compter aussi la civilisation chinoise dont l’écriture ne devait être que l’affaire du souverain, et bien sûr la civilisation de l’Elam qui en totale connexion avec le « pays de Sumer » mésopotamien, en son Est, profitait d’un commerce intense puisqu’elle était située aux pieds des Monts Zagros qui à la fois cloisonnent la Mésopotamie, à la fois à son pied Sud offre une voie de passage élamite : lesquels Elamites s’occuperont et s’enrichiront dans une identité de grands négociants entre une Mésopotamie important/exportant denrées, matériaux, ressources, biens. : un monde qui écrivait pour diriger, administrer et organiser puis écrivait des mythes pour rassembler, fédérer toujours plus de masses de population autour de la figure d’un Roi-prêtre, un Souverain unique qui divinisait l’identité qu’il voulait refléter auprès des populations qu’il administrait, dans un souci de bonne gouvernance, laquelle gouvernance tout comme l’écriture alors inventée devaient être le choix et la volonté des dieux : le Roi-prêtre, à la stature unique et toute-puissante, incarnant les dieux sur Terre ; l’écriture étant l’inscription sur des tablettes d’argile de la volonté des dieux.
Civilisations atlante et minoenne englouties…
L’engloutissement partiel de l’île de Crète vers – 1 600-1 400 ans, provoque une fatale remise en question de la civilisation Minoenne, que la Crète abrite alors. Si raffinée soit-elle, cette civilisation sombre en cette période. Si on note de tels engloutissements ailleurs dans le monde, il s’agissait de cités tout au plus englouties par un rivage les balayant, les emportant. Mais une plateforme entière, en Crète, se retrouve immergée, on est au-delà d’une cité mais bien plus sur un phénomène capable d’amoindrir et faire dysfonctionner entièrement une civilisation entière. Le mythe de l’Atantide est ce raffinement perdu, englouti, d’une civilisation d’âge homérique/héroïque, parce que contée par Homère, parce qu’époque des héroïsmes engloutis/disparus. Mais surtout époque de la civilisation proto-grecque. Et cette civilisation diffusait ses savoirs, ses modes de vie, ses moeurs, ses croyances depuis l’Anatolie d’où elle est originaire jusqu’aux îles de Méditerranée orientale Chypre, Rhodes, Crète en passant par le fameux détroit des Dardanelles connectant Grèce continentale à l’Anatolie. Mais aussi vers les Balkans et la vallée danubienne, en Europe.

Un détroit stratégique et hybridant Grèce et Asie mineure : les Dardanelles…
Ce fameux écrin maritime des Dardanelles est une interface prodigieuse : commerce y transite, culture y transite. L’Homme grec s’y noie s’il y revient, y noie ses larmes s’il y subit défaite, s’il y subit la perte de sa propre identité. Confronté qu’il est à son monde originel, qui a dilué ses valeurs grecques, évaporé ses origines, effacé un jardin d’Eden qui était resté dans sa tête son berceau tout autant qu’un paradis sur terre, l’Homme grec cherche ce paradis, paradis à retrouver dès lors que les temps deviennent durs. Cet Homme Grec est Mycénien, envahissant d’abord une Crète affaiblie, la copiant ensuite au retour de Crète, dans la Grèce continentale-même, à travers notamment des palais monumentaux gouvernant toute la société. Ce paradis perdu est toute l’Anatolie centrale : des Hittites ! Capables de garder une domination durable sur des cités et petits royaumes d’ouest-Anatolie tout en ayant bâti un empire sur quasiment toute l’Anatolie, les Hittites sont bien décidés à maintenir leur puissance imposante dans toute l’Anatolie, ce qui passe par le contrôle du détroit des Dardanelles.

Un détroit avec TROIE comme phare avancé à la fois des Hittites et des Grecs : quelle civilisation doit l’emporter ?
Ce fameux détroit des Dardanelles est à un endroit stratégique. Il est sous double influence mycénienne et hittite : il est la clef d’un conflit qui a lieu à Troie. Les archéologues établissent en couche TROIE VIIA des vestiges, traces, preuves de destructions par la guerre. Rompus à la guerre et inventeurs du char de combat, avec usage d’arcs : les Hittites excellent alors pour à bonne distance de l’ennemi lui infliger la perte de ses premières (arcs), tout en ayant une grande mobilité pour prendre en tenaille l’ennemi restant, l’affaiblir par des tirs à l’arc depuis les chars de combat, voire pourchasser jusqu’à tuer les fuyards.
L’avènement de Suppiluliuma (v. 1350-1322 av. J.-C.) avait vu l’Empire des Hittites revêtir une puissance colossale. Il défait le Royaume du Mittani, ce qui lui permet de faire passer le Nord du Levant sous sa coupe, puis rentre en confrontation avec l’Égypte. Concernant le royaume du Mitanni, la stratégie est simple : laisser tel quel les vestiges, infrastructures de l’ex-Mitanni pour en faire un territoire fantôme mais tampon entre les Hittites et les Mésopotamiens. Car si l’Egypte est la grande ennemie, par sa puissance, des Hittites, au sud, les Mésopotamiens à l’Est ont leur passé glorieux pour eux : bien qu’affaiblis, les Mésopotamiens sont considérés par les Hittites comme une menace. Le territoire fantôme de l’ex-Mitanni retarderait leurs moindres avancées.

Effondrement de l’Empire Hittite, les Egyptiens et leur stratégie payante…
La rivalité égyptienne (qui culmine avec la bataille de Qadesh contre les forces hittites vers 1274 av. J.-C.) et mésopotamienne, ne sont plus analysés ni contrés par les Hittites dès lors que leurs souverains successifs n’ont pas le talent de Suppiluliuma, qui était resté comme le Roi-fondateur aux yeux des Hittites. Le royaume s’effondre vers 1200 av. J.-C., sans que l’on sache comment. Mais des néo-Hittites seront cités dans la Bible et peuplant minoritairement le Levant après la chute de l’Empire hittite…
Les liens sont alors forts entre la Crète et la Grèce continentale par un commerce et des échanges les reliant depuis qu’en Grèce continentale les Mycéniens étaient demandeurs en biens, denrées et services crétois pour leur développement. Ce développement mycénien est ambitieux, autour de sa centralisation économique autour de palais, si ambitieux que ce système palatial est mis en appétit par des possibilités d’échanges, négociations et commerce aussi démesurées que l’autorise à penser le réseau international alors en place, et dont les bases et racines sont l’Egypte pharonique d’Aménophis III (règne de -1391-1353). Crète et aussi Chypre sont en ces temps à la fois des points-étapes de navigation en Méditerranée orientale, reliant la grande puissance égyptienne aux puissances voisines, à la fois des îles stratégiques, si stratégiques qu’elles font la richesse, le raffinement et la puissance de leurs souverains : les Minoens en Crète, les Cypriotes à Chypre. Sur les plans sociologiques, linguistiques, culturels, il s’agit de Grecs. Et ces Grecs de Chypre et Crète sont au coeur d’un réseau d’échanges que dirige la puissance égyptienne par des traités diplomatiques et commerciaux, des alliances maritales, un financement des Mycéniens pour qu’ils ouvrent un front de guerre au nord-ouest de l’Empire hittite pour les affaiblir -l’Egypte pharaonique s’occupant alors du front sud de l’Empire hittite qui est le Levant, et même par un embargo sur l’Empire hittite. Les Hittites ne peuvent plus importer de Grèce continentale, Crète et Chypre quoi que ce soit. Les Hittites useront leurs armées et leurs marines dans des tentatives pour mettre la main sur les riches gisements en cuivre de Chypre.

Les applications militaires de la stratégie égyptienne
La bataille de Qadesh est un NOEUD DE L’HISTOIRE opposant Egyptiens et Hittites. Qadesh est une bataille qui a eu lieu aux environs de 1274 av. J.-C. et qui a opposé deux des plus grandes puissances du Moyen-Orient : l’empire hittite de Muwatalli, dont le centre était en Anatolie centrale, et le Nouvel Empire égyptien de Ramsès II. En parallèle les Mycéniens attaquent Troie : ils attaquaient Troie moins pour retrouver leur paradis que pour prendre possession du détroit des Dardanelles, lequel détroit une fois repris servirait un réseau international d’échanges dans lequel l’Egypte en récolterait les fruits tout autant qu’elle en avait planté ses propres graines.

Guerres d’usure, dérèglements de la proto-mondialisation d’alors ET EFFONDREMENT COLLECTIF vers – 1200 ans
Réseau international d’échanges ou appelée (selon moi) la proto-mondialisation, …toujours est-il que plusieurs phénomènes auront lieu vers -1 200 ans, qui gripperont et arrêteront toute cette mécanique : la Grande Egypte rayonnait mal, elle survivra quand même à un effondrement collectif de toutes les puissances de Grèce continentale, Crète, Chypre, Asie mineure, Levant, mais l’Egypte rayonnait si mal que toutes les joies quotidiennes permis par l’import-export qui la gargarisait viendront à manquer et la plongeront elle aussi non pas dans une destruction générale mais dans un monde de l’après : le monde des Etats, des micro-royaumes, des micro-Etats…