La Chine est mieux à même de se déployer rapidement et pour longtemps en cas de conflit interétatique en Asie : son pré-carré, où elle entend y faire régner l’ordre. Quant au pré-carré des USA, qui est l’Amérique du Sud selon la fameuse doctrine Monroe, reprise en doctrine Donroe par Trump récemment, la Chine y avance ses pions : soit la goutte d’eau qui a fait déborder le vase de l’orgueil US. Donald Trump a fait kidnapper Maduro, Président du Vénézuela, le pétrole vénézuelien est coupé donc, de la Chine. La Chine avait injecté plusieurs milliards de dollars dans les raffineries de pétrole et les infrastructures vénézuéliennes. Tous les investissements chinois là-bas sont engloutis.
La Chine s’en remettra mais a été touchée là en plein cœur de ses programmes quinquennaux, décennaux dès lors que c’est un coup porté par les USA contre l’économie chinoise : économie programmatique où le moindre grain de sable dans la machinerie impose ensuite aux Chinois de réajuster le tir.

La direction stratégique du Parti Communiste chinois est de préparer son marché économique intérieur à un développement rationnel et pragmatique. Ce développement du marché intérieur chinois, concerne de nos jours les élites chinoises entretenues à la tête d’entreprises visant l’export, lesquelles élites sont maintenues par un système centralisé au-dessus d’une gigantesque mêlée de travailleurs pauvres, maintenus « dans les fers », comme dirait le philosophe des Lumières Jean-Jacques Rousseau. Pour rester rationnel et donc être toujours plus longtemps maîtrisé, ce modèle de développement élitiste fonce à vive allure dans sa démultiplication d’exportations inondant l’Occident, le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Asie.
Cette Chine de Xi Jinping centralise les décisions d’expansions économiques vers l’Occident, le Moyen-Orient et l’Asie, inonde les marchés de consommateurs de produits manufacturés à très bas coût de production donc à très bas tarif. Pour ce faire, la nouvelle priorité a été de se doter d’infrastructures directement bien positionnées sur place, in situ : en Grèce le port historique du Pirée, quatrième port européen pour le transport de conteneurs, est…chinois suite à une absorption à hauteur de 51 % des parts de capitaux que détenaient la société européenne qui tenait ce port stratégique. Pour rappel, la ville du Pirée héberge certains des armateurs qui ont doté la Grèce de la troisième flotte de commerce mondiale (derrière le Japon et la Chine), avec 4 700 navires, dont 1 450 pétroliers et 430 porte-conteneurs. Ce port du Pirée, surnommé « la tête du dragon » de la Méditerranée par le président chinois Xi Jinping, est devenu essentiel dans la stratégie de « nouvelle route de la soie » qui permet à Pékin d’étendre son influence économique et politique en inondant l’Europe de produits chinois.
Usine-Monde : adapter ses industries, inonder de ses produits les marchés de consommation par un dumping-monde
La main-mise silencieuse chinoise sur des pans d’économie locale, nationale et/ou stratégique, un peu partout en Occident, Moyen-Orient, Asie, Afrique, est la stratégie déployée par la Chine : une stratégie de dumping sur les produits manufacturés qu’elle vend dans le monde, associée à une stratégie de gigantesque « usine-monde » devant par la recherche-développement hisser toujours plus son savoir-faire en conception de produits : du manufacturé basique au tout technologique. Inonder de ses produits c’est déstabiliser toutes concurrences sur un même produit, or l’éventail chinois de capacités et savoir-faire à produire les produits qui plaisent et étant demandés dans le monde est large. Un plafond de savoir-faire étant sans cesse perforé, jusqu’à voir la Chine concurrencer tout un panel de filières qu’elles soient textiles, luxe, produits à technologie embarquée comme la téléphonie mobile ou l’informatique, produits de demain/d’avenir comme les panneaux photovoltaïques, les éoliennes.
Un marché intérieur chinois laissé de côté mais véritable levier de superpuissance
Faire travailler une mêlée gigantesque de petites mains, dans une usine à ciel ouvert qui est le plus vaste pays de toute l’Asie, pour d’abord faire profiter les élites dirigeantes et entrepreneuriales. Des exportations qui se démultiplient, bénéficiant ci et là d’infrastructures sous pavillon chinois en terres extérieures, et profitant de l’usage jusqu’à la corde d’un dumping qui, appliquant des prix très bas à l’exportation, maintient dans une forme de pauvreté toute la population ouvrière de Chine : laquelle se voit confisquée la mondialisation censée vertueuse, se voit confisquée d’en récolter les fruits sur le plan de son propre développement. Jusqu’à quand Xi Jinping mais plus largement la doctrine du Parti communiste chinois laissera sur le bord de sa route ses travailleurs de l’ombre ? Est dans les petits papiers de la Chine de développer, enfin un jour, son propre marché intérieur : ce sera alors l’élévation d’un colosse inimaginable. En attendant, la Chine a d’autres programmes à réaliser d’ici là. L’un (marché intérieur puissant) n’allant pas sans ces autres programmes qui, en le précédant… l’amèneront.
Asie du Sud-est : bases militaires US et Hollywood contre diplomatie économique et/ou économie diplomatique chinoises
Parmi ces programmes chinois étatisés figure la question de la main-mise sur l’Asie du Sud-Est, où les USA sont bien présents. Une présence d’une allure très US, de nos jours : c’est-à-dire essentiellement militaire comme par exemple la base militaire des Philippines, mais aussi bien nappée de son grand soft power : la puissance culturelle véhiculée par les médias, le cinéma, la musique. La stratégie US est donc d’être vu et identifiable jusque le petit paquet de chewing-gum tenu entre les mains d’un petit Philippin, Cambodgien, Malais, Thaïlandais, etc. Pendant ce temps-là la Chine avance sur l’échiquier de l’Asie du Sud-Est d’autres pions bien différents : la Chine y agit par l’économie et la diplomatie.
La Chine conserve une avance diplomatique certaine sur les USA, grâce à des liens selon un large éventail avec d’autres nations, alors que Washington se concentre sur un plus petit nombre d’alliés dans la région. Les initiatives chinoises promues au Sud de sa frontière s’inscrivent dans un projet global visant à consolider une zone d’influence stable. L’Asie du Sud-Est est idéale pour ce projet. Ses économies, dynamiques mais encore vulnérables, ont besoin de capitaux, de technologies et d’infrastructures. La Chine est prête à les fournir, mais à des conditions qui ne se limitent pas aux taux d’intérêt. L’accès préférentiel aux ports, aux chemins de fer et aux centres logistiques, la promotion d’accords numériques bilatéraux, la construction de laboratoires partagés et de plates-formes industrielles communes ne sont que quelques-uns des instruments mis en œuvre.
Certains pays d’Asie du Sud-est se sont laissés absorber presque entièrement, d’autres tentent de se débrouiller en conservant une marge de manœuvre. Petit panorama :
Le Laos a lié son destin économique, logistique et technologique à celui de la Chine, en acceptant un modèle de développement fortement dépendant du crédit et de la présence directe de la Chine. L’emprise chinoise sur les élites dirigeantes nationales est telle que la rhétorique officielle parle de partenariat stratégique et de modernisation accélérée, mais la réalité quotidienne montre une économie en difficulté, une population appauvrie.
Le Vietnam et la Malaisie tentent de maintenir une position autonome dans une région où les pressions se multiplient. Les deux pays ne partagent ni la même histoire ni la même structure économique, mais ils sont unis par un besoin stratégique commun : éviter que l’influence de Pékin ne se transforme en une subordination structurelle, sans pour autant renoncer aux avantages économiques qu’elle comporte.
Au Cambodge, l’influence chinoise a trouvé un terrain fertile grâce à la convergence entre les intérêts stratégiques de Pékin et le projet dynastique de la famille Hun. Plus qu’une simple alliance politique, c’est une relation de symbiose qui s’est établie, dans laquelle la légitimité interne du régime repose en grande partie sur la protection et le soutien économique de la Chine.
La Thaïlande a une tradition très indépendante, héritée d’une longue histoire d’équilibre entre puissances rivales. Cette attitude se reflète encore aujourd’hui dans la gestion des relations avec la Chine, perçue à la fois comme un partenaire indispensable et une source potentielle d’ingérence. Bangkok a cherché à tirer parti de la concurrence entre Pékin et Washington pour conserver une marge de manœuvre. Mais l’économie thaïlandaise est fortement intégrée à celle de la Chine. La Chine est le premier partenaire commercial du pays et a investi dans de nombreux projets d’équipements. S’ajoutent des accords dans les secteurs de l’automobile, du tourisme et de la logistique. Mais les autorités thaïlandaises ont à plusieurs reprises ralenti ou renégocié les termes de projets jugés trop déséquilibrés tout en cherchant à renforcer la coopération avec d’autres acteurs régionaux et internationaux.
La grande histoire plurimillénaire des Chinois révèle des capacités militaires tant dans le génie défensif de sa gigantesque Muraille de Chine, que dans l’assimilation des savoir-faire tactiques de leurs plus grands ennemis :
- copier les Huns Blancs puis les hordes musulmanes en se battant à cheval ;
- copier les archers-montés mongols et leur technique d’enveloppement d’un ennemi.
Si on suit les influences en Chine, majeures de Sun Tze et Confucius la vision de la guerre par les Chinois est artistique (l’art de la guerre) et les élites dirigeantes doivent être exemplaires dans leur administration des populations, une exemplarité morale, bienveillante. En clair, rigoureux avec leurs propres postures, les Chinois attendent de l’Autre droiture, respect, moralité, bienveillance et, s’il faut vraiment en venir à la guerre celle-ci est un art : dont le secret est de feindre la passivité face à l’agresseur, feindre la présence quand les Chinois sont invisibles, feindre l’absence quand les Chinois sont présents, l’agresseur s’écroulant de lui-même de toute sa hauteur lorsqu’il en arrivera à commettre l’erreur stratégique fatale.

Un Parti unique, un Grand Commis de l’Etat Xi Jinping face à ses grands programmes rigoureux de développement
Tout ce talent militaire chinois avait servi en mode offensif pour ouvrir la « route de la Soie » en direction de l’Occident, car de toujours ce talent militaire est resté purement défensif. Pour le bien du développement du commerce au long cours entre la Chine et l’Occident, les convois marchands étaient escortés par des miliciens chinois : l’objectif étant d’ouvrir une grande route qui puisse rester sécurisée, sécurisée pour développer un commerce vertueux à grande échelle. La Chine militaire du XXIe siècle est quant à elle chevillée à un vaste complexe militaro-industriel lui aussi aux mains de la Direction suprême (du Dirigeant du Parti Communiste chinois) mais puisque la guerre selon la Chine est un art, cet art ne saurait être confié à des personnes en interne qui ne respecteraient pas les visions programmatiques du régime chinois, lesquelles visions programmatiques sont confucéennes. Le soi-disant communisme est pour la Chine qu’une vulgaire coque de noix protectrice, protégeant ses développements programmatiques : quand le moment sera venu, cette coque sera brisée, seul le fruit restera, mûr. Ce Xi Jinping du Parti communiste chinois est moins un autocrate communiste qu’un Grand Commis de l’Etat Chine, qui s’est fait réélire douteusement car des programmes quinquenaux, décennaux sont à suivre et développer coûte que coûte. L’Etat-major de l’armée chinoise ne répondant plus au savoir-faire nécessaire pour résoudre la question Taïwan, il a été en partie limogé et remplacé sitôt la décision actée, du programmatique et grand commis Xi Jinping. La douce mélodie chinoise qui est celle de combler ses retards sur les USA sur le plan militaire, est entonnée en sourdine par un seul homme, Xi Jinping, qui devant les programmes à réaliser a dû considérer qu’il devait se succéder à lui-même au pouvoir suprême.
La Chine n’a pas attendu l’Occident pour se développer, elle était développée avant l’Occident : ce vaste « continent » encastré entre Asie centrale et sud-est eurasiatique a toujours eu en sa possession les cartes maîtresses à abattre sur la table pour demeurer toujours autonome, indépendant, Roi absolue de ses frontières. Lesquelles frontières ne bougent pas ou peu depuis que toutes les luttes intestines de palais, de royaumes combattants avaient accouché d’un système de gouvernance strict, relayé partout sur le territoire par des représentants du monarque suprême. Nous étions alors en plein Moyen-Âge et toutes les tensions internes à la Chine qu’il fallait pacifier, toutes les adversités qu’il fallait circonscrire puis mettre au pas, transformèrent la Chine en un Etat encore plus puissant et sûr de ses forces et capacités. La maîtrise d’un si vaste territoire hétérogène est inouïe, concernant la Chine, dès le IVe siècle de notre ère.
Et on ne parle pas des « barbares » et de leurs invasions s’étant cassés les dents ou ayant été parfois victorieux avant d’être absorbés, ingurgités et recrachés en-dehors du territoire chinois :
- au II e siècle avant notre ère, les incursions répétées des Huns, groupe multiethnique issu de tribus proto-mongoles et proto-turques et combattants habiles à dos de cheval, misant sur la vitesse des mouvements d’encerclements de l’adversaire, seront définitivement stoppées par le pouvoir chinois et les mouvements massifs de troupes de généraux chinois qui repoussent les Huns en dehors des frontières de la Chine,
- au V e siècle de notre ère Attila est détourné par une sécheresse dans le Nord-chinois, vers l’Occident, où ses Huns deviennent une menace progressive d’Est en Ouest de l’Europe, poussant à la moindre approche des fiefs Goths, Wisigoths, Ostrogoths, Vandales, ces derniers peuple à migrer de force, pour fuir Attila. Fuir ou mourir.
- au XIII e Genghis Khan va constituer le plus grand empire territorial au monde grâce justement à l’absorption de la Chine à son empire steppique allant de l’Oural à l’Europe de l’Est. Son fils Kubilaï Khan surtout, est le grand instigateur et opérateur d’un territoire chinois pour la première fois de son histoire conquis et gouverné par une dynastie d’origine non-Han. L’intérêt de Kubilaï pour la Chine, ses traditions et son histoire est le fruit de son éducation et de ses conseillers. Il l’amène à modeler les politiques mongoles afin de favoriser l’agriculture et le développement économique. Il le pousse également à abandonner les massacres des populations urbaines qui ont marqué les précédentes conquêtes mongoles. Trois autres années sont nécessaires à Kubilaï pour achever la réunification de la Chine par l’incorporation des dernières provinces du Sud. La dynastie mongole des Yuan commença à perdre le contrôle de la Chine un peu moins d’un siècle après l’avoir unifiée. Des insurrections populaires éclatèrent dès 1351, en particulier celle des Turbans rouges dans la plaine Centrale, et il suffit de quelques années pour que l’empire se fragmente. Ce fut un chef de guerre originaire du Sud, dominant une partie de l’actue Anhui et allié des Turbans rouges, Hongwu (Zhu Yuanzhang), qui tira son épingle du jeu. Il domina d’abord la riche région du Bas Yangtsé et fonda en 1368 la dynastie des Ming à Nankin. La même année, ses troupes firent tomber Pékin, la capitale des Yuan, puis, dans les années qui suivirent, elles se débarrassèrent de ce qui restait des armées mongoles.
«Zhongguo», littéralement « le royaume du milieu »
De nos jours la Chine est surnommée l’ « Empire du Milieu ». Ce qui connote une idée de puissance : on ne considère plus la Chine comme un royaume comme le considéraient les Chinois eux-mêmes au Moyen-Âge, mais, plus encore comme un véritable empire, qui donc aurait certaines visées impérialistes ?
- des visées d’expansion de son territoire au-delà de ses frontières actuelles ?
- des visées de main-mise plus ferme sur sa propre population ?
- des visées d’utiliser la voie de l’économie pour asseoir sa puissance commerciale à l’échelle-monde ?
Rivalités ancestrales Japon/Chine : dilemme autour de leurs origines divergentes alors qu’ils sont d’une origine commune
«Zhongguo», littéralement « le royaume du milieu » était donc l’expression utilisée au Moyen-Âge par les dirigeants chinois car ils se considéraient comme le centre de la civilisation. Cette dénomination est née au VIII e siècle av. J.-C. sous l’ère de la dynastie Zhou. Celle-ci est la plus longue de l’histoire du pays, qui s’étale sur huit siècles, allant de -1045 à -256 av. J.-C. Ce point de vue ethnocentré sur eux-mêmes, Chinois, faisant passer la Chine pour le nombril du monde, n’est pas sans rappeler la culture impérialiste japonaise d’à-côté, qui jusqu’à la chute du dernier Empereur du Japon en 1945, établissait que cet Empereur du Japon descendait des divinités primordiales créatrices non seulement de l’archipel japonais mais aussi du monde entier. Un ethnocentrisme sud-est asiatique est à prendre sérieusement en ligne de compte, dans tout impérialisme chinois. Et une haute estime de leur propre culture parmi les cultures diverses du monde avait irrité et peut-être formé un impérialisme japonais jusqu’au-boutiste en 1931 lorsque la Mandchourie, région de Chine, avait été envahie, puis lorsque la Chine restera une cible du Japon pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce contexte de tensions et rivalités micro-localisées à l’Extrême Asie/Asie centrale entre Japon et Chine explique leurs surenchères nationalistes, leurs querelles diplomatiques mais aussi leurs puissances nées de la conflictualité perpétuelle : perpétuelle en tout cas depuis la révolution néolithique qui, il faut le rappeler, a vu la culture japonaise de Jômon résister puis être sinisée. C’est comme si on parlait dans cette bagarre entre Japon et Chine, d’une querelle pour un même jouet : le jouet de leurs origines qui les sépareraient, alors qu’ils sont frères.

XIXe et XXe : la douloureuse parenthèse chinoise, en proie aux colonialismes
Les nationalismes chinois ou japonais ont en commun qu’ils sont arc-boutés sur une histoire commune populaire plurimillénaire. Quand la Mésopotamie voyait se démultiplier les cités-Etats, la Chine était concentrée sur le peuplement en villes des abords du fleuve Jaune. Quand la céramique grecque du V e siècle avant notre ère faisait l’objet d’échanges commerciaux dans le bassin Méditerranéen, la Chine étudiait et fabriquait depuis un millénaire déjà une autre forme de céramique dite porcelaine, expérimentée avec des argiles blanches riches en kaolin. Dès le XIII e siècle de notre ère, il se dit que la porcelaine la plus raffinée au monde est celle de Chine.
La Chine inventa le papier
Hormis ces XIX et XX e siècles où la Chine est la proie des colonialismes, cette puissance de l’ombre a toujours cru en sa lumière, et contrairement à ce qui est écrit dans les médias occidentaux, n’a pas peur d’être mise en lumière. Mais chaque chose en son temps. La Chine fonctionne selon des programmations, quiquennales ou décennales. Tel projet doit être prêt pour telle année, selon un programme échafaudé. Inventrice de génie, elle commence à fabriquer du papier il y a 2 000 ans, ce qui demande imagination et procédés élaborés, quand l’Egypte pharaonique d’il y a 3500 ans faisaient avec les moyens du bord pour transmettre quoi que ce soit par hiéroglyphes, à savoir récolter du papyrus le long du Nil et en faire un support d’écriture. Ou quand en Mésopotamie il y a 3 500 ans par exemple l’argile, matériau facilement accessible, servait pour tablettes, sur lesquels ils écrivaient en cunéiforme. Quand certaines civilisations grandioses font avec les moyens du bord, la Chine est dans la réflexion et l’élaboration de procédés nouveaux.
La boussole, la poudre à canon et les débuts de l’imprimerie (à la xylographie et à caractères mobiles), le travail de la soie, … les Chinois ne sont pas seulement les précurseurs de la poterie 7 000 ans avant tout le monde, ils inventent ce qui persiste ensuite durablement de par la grande utilité de leurs inventions. Associer la curiosité, le savoir-faire et la technologie, il y a un côté pragmatique en Chine.
Une Chine endormie ? Et Attila et ses hordes repoussés par la Chine, qui s’encastrent ensuite en Occident ? On en parle ?
Une Chine depuis des siècles et des siècles endormie ? Et la route de la soie n’est-elle jamais restée comme la voie de transit terrestre la plus ambitieuse de l’Histoire, elle qui permit aux « cultures » chinoise et occidentales de s’échanger des marchandises comme d’autant de traits majeurs de leurs savoir-faire respectifs. Les marchandises chinoises orientalisant les moeurs occidentales, les marchandises de l’empire romain par exemple occidentalisant les moeurs en Chine. Cette mutualisation via le grand négoce et le commerce, de leurs savoir-faire, leur apporta autant de richesses économiques et culturelles à l’un comme à l’autre. Ironie du sort, la rupture de la sécurisation de la longue voie terrestre de la route de la Soie au II e, III e siècles, et la multiplication des attaques et pillages des convois marchands, …enclenchent la double chute de l’Empire chinois (III e siècle de notre ère) et de l’Empire romain (476 apr. J.-C.)… Il faut rétablir en Occident, l’importance de son Est, de l’Orient, et cesser l’ethnocentrisme occidental : si Rome chute, c’est sa dépendance envers les biens, services orientaux, alors rompue et coupée en terme de flux d’importations, qui est aussi une donnée explicative. Sans parler du détournement des hordes d’Attila vers l’Occident, par la résistance et résilience chinoises face à eux : la patate chaude « barbare » était refilée à la hâte, intelligemment par la Chine à l’Occident. Qui lui y succombera, car plus fragile…

« Là gît un géant endormi. Laissons-le dormir ! Car lorsqu’il s’éveillera, il ébranlera le monde. »
Napoléon Bonaparte
En 1973, Alain Peyrefitte, homme politique français, chercheur de renom et membre de l’Académie française, titrait son ouvrage consacré à la Chine avec la fameuse phrase de Napoléon Ier : « Là gît un géant endormi. Laissons-le dormir ! Car lorsqu’il s’éveillera, il ébranlera le monde. » Cette citation, attribuée à Napoléon Bonaparte, illustre le fait que la Chine est perçue depuis des siècles comme une grande puissance potentielle. C’est considérer la Chine comme « pays en développement » au mieux. Erreur de jugement puisque 23 ans plus tard, en 1996, au milieu de la décennie Jiang Zemin, l’ancien porte-parole du général de Gaulle pouvait d’ailleurs titrer son nouvel essai : « La Chine s’est éveillée ». Mais il se gardait bien de compléter la tirade prophétique napoléonienne, d’un monde qui se mettrait à trembler. Et Alain Peyrefitte voyait juste puisque la Chine ne pratique pas un impérialisme de type colonialiste, mais elle hybride des armes d’expansion de puissance politique et d’extension de son domaine commercial, entre elles selon une verticalité du pouvoir économique et selon la prise de décision managériale, à savoir :
- l’économie massivement orientée vers les marchés extérieurs qu’elle inonde de ses produits (via Shein, Temu, Alibaba),
- un dumping féroce (la vente ou l’exportation d’un produit à un prix inférieur au prix pratiqué par la concurrence ou même inférieur à un prix de revient dans le seul but d’éliminer la concurrence)
- l’intercalage de ses fleurons industriels dans les secteurs porteurs et d’avenir (électronique, véhicule électrique, armement; technologies vertes/écologiques de fourniture/production d’énergie),
- un salaire moyen en Chine qui ne dépasse pas les 600 euros mensuels concernant les ouvriers et ouvrières et enfants des villes industrielles. Car oui la Chine met au travail sa jeunesse…
Quand la Chine a-t-elle montré une solidité supérieure à l’Occident ?
La Chine a appris pendant des millénaires à combattre et repousser toute horde nomade venue des steppes eurasiatiques plus au Nord de son territoire, alors que ces mêmes hordes de nomades déstabiliseront jusqu’à l’Empire romain lui-même au Ve siècle de notre ère. Si ces hordes nomades sont une sorte d’accélérateur de l’Histoire, elles s’insèrent entre un pot de fer à l’Est (Chine) et un pot de terre à l’Ouest (Empire romain). Le pot de terre occidental a explosé. Quant à la civilisation chinoise, fameux pot de fer, elle a continué d’avancer encore et toujours dans une adversité aussi continuelle que stimulante.
Les Qin avaient défendu la Chine contre les nomades Xiongnu (Huns) venant du Nord avec réussite, durant le règne de l’empereur Han Wudi (-140-87) : ce genre de tentatives d’invasions de nomades n’étaient plus difficile à annihiler puisque les armées chinoises avaient emprunté à ces nomades leur technique d’archers à cheval. La Chine d’ailleurs, partira à l’offensive contre les Huns et ouvrira vers l’Asie centrale ce qui sera appelée la « Route de la Soie ». Cette célèbre voie de convoyage terrestre depuis l’extrême-orient chinois jusque l’Occident est donc née non pas de l’initiative de l’Occident mais de l’audace et des efforts de pacification, surveillance et protection de ce tracé, des Chinois eux-mêmes. Les produits les plus chers et rares provenaient du lointain. Des marchands exploitaient ce que des explorateurs découvraient : de nouvelles voies commerciales s’ouvraient. Entre Chine et Rome la soie changeait plusieurs fois de mains, chaque intermédiaire prenant son bénéfice. Idées, récits, religions, langues suivent ces voies commerciales. Période hellénistique : le grec langue véhiculaire de la Grèce à l’Inde. Des dieux grecs comme Zeus s’imposent jusqu’en Bactriane, comme Héraclès dont des statues sont érigées le long de la voie commerciale et militaire traversant les monts Zagros, en Perse, où il se confond d’ailleurs avec le héros Verethraghna de la tradition perse.

Puis les sphères d’influence de Rome, de la Chine, les Parthes s’entrecroisent, se téléscopent : les échanges culturels se multiplient dans toute l’Eurasie. Le bouddhisme est propagé de l’Inde à la Chine, par ceux qui empruntent la route de la Soie. Le Parthe An Shi Kao traduit en -148, en chinois les premiers textes bouddhiques. L’expansion des idées et cultures est attestée surtout par des vestiges archéologiques. Des objets trouvés bien loin de leur lieu de production, comme l’ivoire africain jusqu’en Assyrie, des monnaies romaines en Inde, un tapis perse en Sibérie.
La Chine continue de nettoyer sur le pas de sa porte, repousse toutes invasions alors que l’Empire romain d’occident est mort
Vers l’an 500 les Turcs, nomades des monts Altaï, contrôlent une bonne partie de la steppe asiatique. Vers 700, leur pouvoir s’étant réduit, diverses tribus turques se dispersent vers l’ouest, après des guerres contre les Tang de Chine : les Tang les font refluer vers l’Occident. Elles continuèrent à jouer un grand rôle au Proche-Orient, malgré tout
Un Empire chinois né dans un chaudron de sueur et de sang
La période dite des Royaumes Combattants (-475 à -221 ans) voit sept puissances rivales se disputer l’hégémonie. Soit pour les dirigeants chinois actuels un « précédent » historique honteux mais aussi incarnant un noeud de l’Histoire de la Chine contre lequel est scandé et incanté un « plus jamais ça » ! Après le déclin du royaume Zhou, les anciens royaumes de Qi, Chu, Han, Wei, veulent leur part du gâteau. Début IIIe les princes Qin prennent le contrôle du Nord-Ouest et de l’Ouest puis anéantissent petit à petit leurs rivaux.
Colossale guerre civile chinoise à l’échelle d’un continent
En cette époque de guerres incessantes partout en Chine, des entités puissantes, organisées, militarisées s’opposent partout. On peut parler d’une colossale guerre civile à l’échelle d’un continent ! Mais dans le même temps de profondes transformations économiques et sociales sont opérés. L’introduction d’outils en fer vers -500 et le recours à la traction animale accroissent la productivité agricole, et les zones cultivées s’étendent. Le riz et ils le savent, est la plante nourricière, la leur, celle de leur choix civilisationnel : le riz est cette corne d’abondance permettant tous les espoirs. La population croît. Commerce et industrie se développent. De grandes villes voient le jour. Innovations technologiques et scientifiques, effervescence philosophique : les plus grandes écoles de pensée chinoises naissent, comme le confucianisme, taoïsme, légisme.

L’unification de la Chine par les Qin débute au sortir de cette période, de par le succès du système légiste qu’ils adoptent au IV e. il instaure un code universel de récompenses et sanctions qui favorise l’obéissance des populations et une sévère discipline militaire. L’ancienne aristocratie féodale est remplacée par une bureaucratie centralisée s’attachant à améliorer la production et distribution des céréales, organiser la population en vue de fournir la main-d’oeuvre nécessaire aux travaux de construction et à l’armée, et s’appuie sur un Code pénal impitoyable.
Le prince Zheng –246-210) est couronné premier empereur de Chine en -221 sous le nom de Qin Shi Huangdi. Il fait étendre les institutions légistes à toute la Chine. Mais sa dynastie, minée par la fardeau des campagnes militaires mobilisant les populations, et les chantiers de travaux publics, s’effondre peu après sa mort, en -206, emportée et balayée par une rébellion d’échelle nationale.
Après une nouvelle phase de guerre civile, une nouvelle dynastie, les Han, s’étblit : Liu Bang (-256-195) s’inspire de la méthode d’administration Qin pour adoucir les rigueurs tout en affirmant le modèle des principautés féodales.
Au début de l’ère chrétienne l’Empire des Han rivalise avec l’Empire romain en étendue comme en richesse
Les Han instaurent petit à petit un gouvernement central fort et un système d’administration locale efficace. L’approche légiste est remplacée par le confucianisme, qui prône bienveillance et diplomatie. les exportations surtout celle de la soie, se développent et atteignent Rome. Les Han confirment les conquêtes Qin dans la région du sud, éliminent les royaumes Yue de la côte sud-est, et occupent le nord du Viêtnam. Leurs troupes s’enfoncent aussi dans les régions du sud-ouest, qu’elles tentent de contrôler. Les armées de Wudi placent également une partie de la Corée du Nord sous leur administration. L’empire Han devient rapidement prospère, la population chinoise 57 millions d’individus (selon le premier recensement officiel chinois réalisé en 2 apJC). De très grandes villes apparaissent. La capitale Chang’an abrite 250 000 habitants, et est centre d’une brillante culture.
Aucune religion du Livre (judaïsme, christianisme, islam) en Chine, pourtant inventrice du papier
La Chine n’a pas de religion du Livre mais a inventé le papier ! Cai Lun, son inventeur (50-121), était un eunuque de la Cour des Han, cour basée dans la capitale Luoyang : ville la plus peuplée du monde, donc qu’il fallait administrer plus efficacement. Si Rome en ces temps pouvait paraître opulente, grouillante de monde, aux yeux des Occidentaux, Luoyang en est déjà au stade de nécessiter une pensée rationalisant ses voies, architectures, bâtiments publics… Cai Lun aurait plongé dans l’eau de l’écorce de mûrier et du bambou, pressé le mélange avec un pilon et filtré le résidu dans un linge, ne gardant que les fibres. Cela produisit du papier léger bon marché et facile à fabriquer. Cette invention est rapidement adoptée pour les documents et les livres et sera reprise par le monde islamique et l’Occident.
Aucune religion du Livre mais des devoirs moraux et une bienveillance comportementale confucéenne
Elle adopte et fait adopter à ses administrés une discipline autour des principes et conduites de vie en communauté. Livre sacré, religion d’un livre, religion sacrée n’ont jamais été au programme de toutes instructions et éducations. Tout est CONFUCIANISME en Chine. Le confucianisme fait adopter des comportements visant la bienveillance envers soi. Être bienveillant quant à se soumettre à l’obligation de rester dans une posture morale bienveillante, adopter une forme d’ascèse morale, comportementale. Confucius en Chine, Platon en Occident. Confucius serait né en -551. Il réfléchit sur des questions morales identiques à celles que se posaient les Grecs. Il enseigne la vérité, la justice, les bonnes relations sociales, l’obéissance aux parents. La famille est le fondement de la société et du bon gouvernement. La règle d’or selon Confucius : Ne fais pas aux autres ce que tu ne veux pas pour toi-même ». Ses Analectes jouent en Orient le même rôle que la République de Platon en Occident. Depuis la dynastie Qin l’idée d’une Chine unifiée demeure vivace jusqu’à l’époque moderne. L’empire des Han qui suit, dure quatre siècles. Il rejette les principes légistes, lui préférant le confucianisme. A noter que le culte des ancêtres fait toujours partie intégrante des pratiques religieuses en Chine : une évidence pour un peuple typiquement enraciné territorialement sans interruption depuis des millénaires, et qui reste penché sur son passé pour anticiper son avenir.

Redevenir la première puissance mondiale qu’elle a toujours été
La Chine vise à devenir la première puissance mondiale d’ici 2049, forte de ses avancées industrielles et technologiques, mais freinée par une démographie déclinante et des dépendances stratégiques persistantes. La Chine entend étendre sa zone d’influence. L’objectif est une domination militaire, mais aussi technologique et économique. Pékin peut compter sur de sérieux atouts : ses usines, ses technologies, et son armée. La Chine est plus que jamais l’usine du monde. 30% des biens fabriqués sur la planète sont faits en Chine. La Chine produit aujourd’hui 80% des installations photovoltaïques mondiales. Le pays est à la pointe de l’innovation. La Chine est même championne du monde en matière de recherche et de développement. En 2022, ses entreprises ont déposé 45% des brevets enregistrés dans le monde cette année-là. L’acier, la chimie, l’automobile, les machines-outils, les équipements énergétiques, le nucléaire, la santé, l’électronique : la Chine monte en puissance et en gamme.

Sa position dominante sur les terres rares en est l’une des expressions d’un potentiel hors-normes. Les pays du Sud global dont elle est le pivot peuvent voir se monter sur leurs sols de grands projets d’infrastructures, des interactions commerciales, des investissements directs. Sud global certes, mais la Chine est présente sur tous les continents, ce qui lui donne un marché d’une très grande profondeur. Elle a fait du Sud global son hinterland, son pré carré. Son ambition est de redevenir la première puissance mondiale comme l’était « l’empire du milieu ».
