Chères lectrices, chers Lecteurs, je vous communique un extrait de l’introduction de mon futur Volume 2 Aux Origines de l’Homme : – 3 300 ans en Mésopotamie jusque la conquête musulmane de la Perse en 642 apr. J.-C. Volume 2 qui fera suite à celui-ci :

Choc psychologique et culturel qui résulte du contact de deux populations, « confligere » en latin ne veut-il pas dire « choc » ? Prendre conscience qu’il y a d’autres dieux que les siens, vénérés par un peuple voisin, d’autres valeurs que celles que nous défendons c’est cela un « choc » entre deux cultures. Choc culturel au final, qui peut induire l’instrumentalisation des populations en « machines de guerre »
Si la « kultur » est un soubassement de la civilisation, c’est au sens où parvenir à développer une identité de groupe commune liant le sacré partagé, le symbolique rassembleur, le savoir-faire technique commun et le savoir-vivre commun, ce stade d’évolution d’une masse de population est à la fois le summum de l’état initial de vie des hommes au sein de la Nature, tout en étant le premier stade de développement d’une communauté humaine vers la « civilisation ».
L’Homme à l’état de nature, l’Homme à l’état de kultur
L’Homme à l’état de nature nous le connaissons pas, l’Homme de Neandertal est le premier homme préhistorique à inhumer ses défunts, leur faisant adopter une posture symbolique visant toujours à accompagner ce défunt vers l’Au-delà, tel rite d’inhumation étant sensé accompagner le défunt du mieux possible le défunt vers un Au-delà.

L’Homme à l’état de kultur se fait lui, connaître par ses réalisations et es témoignages matériels. Ces mêmes réalisations qui lui font dominer Dame Nature et s’émanciper d’elle. L’Homme a par ailleurs à chaque état de fait communautaire sa propre kultur : la kultur vit, ne meurt jamais à la mort d’une communauté humaine, elle est essence et source de vie qui irrigue n’importe quel stade de vie communautaire de plus grans échelons comme la civilisation, quelque soit le cadre politique de ces civilisations (cité-Etat, Etat, Royaume, Empire).
Dans une kultur, l’Homme apprend à maîtriser son milieu naturel : il fait du feu, il fabrique des outils, il est inhumé avec des précautions d’usage (des rituels), il réalise des œuvres d’art admirables … Finalement, dès que l’Homme apparaît en tant qu’Homme, il développe sa kultur. Il la développe contre sa nature humaine et la nature physique. Ce sont des contraintes de survie qui l’obligent à viser l’amélioration de sa vie quotidienne. Et dès lors que l’Homme estime qu’il faut sauvegarder tout un patrimoine matériel et immatériel en vue de pérenniser toute idée d’avenir, de réussite durable, il s’organise en réglementant sa propre conduite, domine l’instinct sexuel (unions, tabous), l’instinct prédateur (interdit le vol au sein du clan), l’instinct meurtrier (en organisant la justice au sein de son groupe) : la civilisation est alors en place !
Civilisation et empire
Du fait de la révolution néolithique : l’arc, le propulseur, la domestication des animaux et plantes, l’établissement de la communauté en « cité » (vie sédentaire) et le développement d’une sacralisation de ces « cités » sont les bases du développement de civilisations. Et quelque part, si les civilisations ne meurent jamais, même parmi des cendres d’un empire s’écroulant, ces civilisations s’inscrivent dans un moule néolithique qui lui, est toujours en cours : il ne s’agissait pas d’une révolution néolithique en soi, ou bien une révolution néolithisante qui a duré jusqu’à nos jours, qui est encore bien d’actualité. On confondra « civilisation » et « empire », or, les empires bien souvent ont été néfastes aux civilisations dans leur volonté d’atteindre un certain degré de kultur qui rassemblerait et équilibrerait leur vie commnautaire. La civilisation grecque classique est une civilisation vivotant en petits-états minuscules, surtout comparé aux états modernes qu’est-ce qu’étaient Athènes et Sparte : des bourgades ! L’empire romain assimilera grands centres urbains et populations allogènes. On changera ainsi d’échelle.
Persistance des kulturs et hybridation au sein d’une civilisation
Il faut parler d’une kultur en tant que soubassement d’une civilisation, et d’une civilisation comme devant naître puis se diffuser et transmettre autour d’elle et ailleurs, essaimant ses bonnes graines et ses fruits mûrs à d’autres civilisations alors émergentes au moment de l’apocalypse de cette civilisation-mère, alors balbutiante. Il est question ce transferts culturels entre un centre et ses périphéries : une civilisation subit constamment un effet boomerang culturel : les périphéries sont accultées puis à un moment ces élèves se hissent en position de faire la leçon au centre, de rééduquer le centre civilisationnel.
La civilisation : un mouvement permanent dans l’espace-temps
De manière spiralée en mouvement rotatif permanent, une civilisation est mouvante, constamment, sans interruptions mais selon des changements de tempo. C’est dans ce mouvement qu’elle agglutine toujours plus de périphéries : les périphéries absorbées mettent le centre-civilisationnel face à une altérité, une hybridation, une acculturation. Soit autant de phénomènes identitaires d’intégration de l’Autre que de modification du Soi. La civilisation, poursuivant sans cesse ses mouvements s’enrichit donc, ses anciennes périphéries devenant des cordes supplémentaires à son arc. Au bout de tous ces cheminements, de tous ces mouvements des civilisations, se conserve l’idée puissante qu’il n’y a pas des races humaines mais une seule : celle qui avait absorbé les autres, Homo Sapiens, il y a 12 000 ans, développant partout dans le monde d’étranges méthodes similaires d’utilisation et domination des milieux naturels, de même que NOUS, Sapiens sommes leurs descendants, donc les descendants de la race humaine.

Mais il faut rappeler qu’Homo Sapiens n’est pas le dernier Homme préhistorique sur Terre : lui-même a absorbé des gênes de Neandertal en Europe, d’Homo erectus en Asie, d’Homo Denisova en Asie centrale, etc… tout autant qu’il est le premier Homme moderne : dominant la Nature de manière totale dès la révolution néolithique. Un exemple s’il savait faire du feu, Homo Sapiens tenait cela d’Homo Heidelbergensis qui il y a 800 000 ans l’invente pour survivre dans le nord du continent européen. Homo Sapiens n’apparaît génétiquement que vers – 350 000 ans cependant, vous allez me rétorquer ! Et pourquoi ce qui était devenu un savoir-faire chez les Heidelbergensis 450 000 ans avant l’émergence de Sapiens ne serait devenu un simple savoir-vivre déjà connu des gênes de l’Homo Sapiens. Savoir-faire devenant savoir-vivre ! On me suit ?
Ne pas confondre donc, un empire puissant conquérant sans arrêt à marche forcée de nouvelles périphéries, avec la civilisation qui a pour cadre cet empire, qui elle ne fonctionne pas selon des concepts d’extension territoriale ou de temps linéaire : à l’image du mouvement permanent mais au tempo changeant, variable, d’une civilisation, la force agglutinant à elle des périphéries s’opère dans le champ d’un espace-temps. Un champ où opère l’Homme, un champ qui incruste l’espace dans le temps, le temps dans l’espace.
Cité-Etat, Empire : la bascule civilisationnelle d’un cadre à l’autre
Les empires naissent toujours depuis le foyer civilisationnel puissant d’un pôle puissant, d’une cité-état florissante, ayant acquis un prestige, ou depuis plusieurs cités-états faisant union dans un but politique commun. Et quand un empire meurt, implose, explose, c’est alors le mode de gouvernement de la cité-état qui prend le relais de cet empire mourant, elle fera le trait d’union sur le plan historique vers des jours meilleurs.
Une ou plusieurs cités-états se retrouvent alors en position de garante de la mémoire de la civilisation balbutiante, et sera capable un jour de faire renaître, de manière altérée, l’ancien empire qui conservait entre ses frontières cette ancienne puissance civilisationnelle. En résumé, si on peut abattre, saccager, brûler une cité-état, c’est d’autant plus difficile de livrer un empire au même sort, encore moins une civilisation, qui elle, pour bien comprendre, tient du monde de l’immatériel.
La recherche de domination du monde et sous le voile de cette domination établir la protection du monde par la création et la diffusion de mythes, est le propre d’une civilisation. Plus les mythes sont rassembleurs plus les civilisations concernées génèrent et entretiennent des réseaux puissants de cités-états ou de puissants empires allogènes.
La civilisation est un état de grâce d’une communauté humaine, et ce selon divers aspects, de savoir-faire et savoir-vivre : mythologie et faits religieux rassembleurs, architecture prestigieuse, art singulier, calcul, écriture, observation des astres, connaissances des phénomènes naturels, codes de moralité, lois.
Proto-mondialisation d’il y a 3 500 ans : diffusion et dépendance entre puissances puis effondrement

Il y a toujours eu des communications entre Europe du Sud, Afrique du Nord, Asie mineure, Proche-Orient et Extrême-orient via les commerçants et navigateurs, diplomates, peuplades nomades ou semi-nomades, dignitaires et ambassadeurs, artisans et artistes reconnus. Bien des civilisations ont été très tôt dans l’échange à l’échelle-Monde : on doit même parler d’une proto-mondialisation dès le IIe millénaire avant J.-C., laquelle proto-mondialisation avait d’ailleurs rendu tellement dépendantes les une des autres, en ressources, biens, services, les grandes puissances hittite, égyptienne, levantine, mésopotamienne, grecques que vers -1 200 ans l’effondrement issu de la rupture des grandes routes commerciales terrestres, fluviales et maritimes avait été fatal à toutes ces grandes puissances.
Pourtant quand les ressources locales sont bonnes et régulières, l’échange avec une autre civilisation de ses propres ressources contre des ressources étrangères manquantes, permet aux deux civilisations pratiquant le commerce de poursuivre leurs réussites réciproques communautaires. Les familles se développent et les populations croissent. L’enrichissement matériel, culturel permet de s’accorder du temps libre pour viser la retranscription physique de la volonté locale d’être vu comme un Puissant. Sculpter, tailler la pierre, élever des monuments sont alors possibles et encouragés par les administrateurs dirigeant ladite civilisation. Tels artisans-maçons-sculpteurs de la civilisation A sont au coeur-même de la proto-mondialisation : ils sont dépêchés par leur souverain chez la civilisation B pour bâtir sur commande un édifice public monmunental, qui, du coup sera le témoin d’une architecture s’internationaliant, par exemple. Au summum de tout il est question d’instrumentaliser l’art dans le but de subjuguer, freiner, impressionner tout ennemi s’approchant, en étalant une puissance à cet ennemi.
Mais quand les ressources locales deviennent insuffisantes par accroissement démographique d’une civilisation, et que dans le même temps les liens sont rompus pour faire acheminer biens, services et denrées d’une civilisation voisine, cette même proto-mondialisation qui semblait vertueuse devient le bourreau de ladite civilisation touchée de plein fouet : ce qui peut faire se poser la question de la maîtrise absolue à tenir de son territoire intérieur avant de viser avec ambition des mises en réseaux rendant interdépendants via des flux fragiles, de territoires et civilisations entre eux.
