Une coalition occidentale israélo-américaine a abattu Ali Khamenei, Guide suprême de l’Iran, bombardé, pensant avoir obtenu une victoire salutaire, tandis que la pyramide du pouvoir en Iran est un système de poupées russes aussi cachées les unes dans les autres qu’il y a de Gardiens de la Révolution islamique : 250 000 individus fanatisés, endoctrinés, prêts à tout. L’histoire bégaie…

L’histoire bégaie en effet… En 490 av. J. -C., 9 000 hoplites athéniens et leurs 1 000 alliés platéens infligent une cuisante défaite aux 40 000 soldats de l’Empire perse. Une victoire devenue mythique pour les Grecs, mais en réalité seulement une escarmouche perdue du point de vue perse. La Perse, au territoire vaste et accidenté, était trop occupée par ailleurs en cette période, aux frontières Nord et Est de son empire. Peu d’importance et de forces militaires avaient été destinées à l’Ouest de son empire face aux Grecs. Ces fameuses guerres médiques qui étaient nées d’une volonté de la cité d’Athènes d’aller aider et libérer du joug perse les cités d’Asie mineure, comme Milet, avaient entraîné pour la première fois un bipartisme géographique mondial entre Occident et Orient, les Grecs se disant être un avant-poste occidental tout en étant un bouclier face aux glaives de l’Orient, alors représenté par l’Empire Perse des Achéménides.

Le bégaiement des préparatifs américains

Trois avions de chasse américains F35 abattus, par erreur, dans le ciel du Koweït, démontrent que si les USA et Israël avaient préparé leur attaque combinée sur l’Iran de manière bien élaborée, le Koweït tout comme tous les pays limitrophes de l’Iran et de la péninsule arabique ont eux reçu aucune information de quelque déclenchement israélo-américain de guerre que ce soit. Toujours est-il que trois F35 américains ont été abattus par des frappes anti-aériennes koweïtiennes : les pilotes américains n’ayant sans doute pas tenu une procédure correcte d’avertissement, de présence dans leur ciel et d’information envers ce pays allié du Koweït, à bord de leurs avions.

Ali Khamenei, guide suprême de la Révolution islamique, est mort. Bombardé. Le déclenchement des attaques balistiques et aériennes américano-israéliennes a un grand goût de fin de guerre : Khamenei mort, « la tête du serpent » comme se réjouit Netanyahu, Premier ministre d’Israël, est décapitée. Il s’en réjouit car Netanyahu est en pleine course contre la montre, dans son contexte de lutte permanente pour rester Premier ministre : la Cour pénale internationale l’attend au tournant, ce tournant serait par exemple qu’il échoue à remplir les objectifs de son gouvernement d’ultras (étendre Israël en passant par l’absorption des territoires de Gaza et de Cisjordanie). Surtout plus il reste en guerre plus il est en exercice et intouchable. Mais Khamenei est mort, et pourtant l’Iran est bombardée encore et encore. Pourquoi ?

La coalition israélo-américaine, presque et encore et toujours « historique », pieds et poings liés au Proche et Moyen-Orient depuis la création-même de l’Etat d’Israël en 1948, n’ont ici face à la cible iranienne pas du tout les mêmes objectifs : Israël veut la destruction de toutes les sources de menaces existentielles iraniennes à son encontre à savoir Khamenei et son fils, déjà tués, les Gardiens de la révolution soit 250 000 hommes, et cela va être difficile, l’armée conventionnelle d’un million de soldats et cela va être difficile, tous les proxys de l’Iran et cela va être difficile (les milices chiites d’Irak + le Hezbollah libanais).

Les USA divergent d’objectif, Trump a déclaré :

« Nos objectifs sont clairs. D’abord, on détruit les capacités de missiles iraniens, deuxièmement, on annihile leurs marines, 10 de leurs navires ont déjà été détruits, troisièmement, on s’assure que ce régime, le premier financeur du terrorisme international, ne pourra jamais obtenir l’arme nucléaire. Enfin, on s’assure que le régime iranien ne peut pas continuer à armer, à financer, à piloter des terroristes et des armées au-delà de ses frontières. »

Donald Trump redit que son armée peut tenir une opération militaire aussi intense plus de 4 ou 5 semaines si nécessaire. Il n’exclut pas d’envoyer des soldats sur le sol iranien pour remplir ses objectifs.

Cependant, six militaires américains déjà sont morts dans cette opération Epic Fury, que Donald Trump commet l’erreur de pleurer. Il s’agit de soldats morts au combat, c’est quoi sinon le but d’une armée de métier ? Et est-ce une bonne posture en tant que Président des USA de …pleurer des soldats morts ? Six américains morts et il y en aura bien d’autres.

Se mettre à table face au gros morceau Iran

L’Iran c’est en effet le plus gros morceau désigné comme proie des USA, depuis l’implosion de l’URSS en 1991. L’Iran c’est 90 millions d’habitants parmi laquelle il faudra combattre une nébuleuse de type mafia, puissante, de 250 000 Gardiens de la Révolution, lesquels se sont partagés tous les pans de l’économie tant industrielle que technologique. Ainsi faudra-t-il tenter de mettre au contact d’une population iranienne nombreuse et très instruite et éclairée ces Gardiens de la Révolution islamique (GRI). Et cela ne peut se faire à coups de bombes en quatre semaines, mais en arrachant petit à petit à leurs infrastructures et structures de leur domination dans toute l’économie, ces GRI. Alors peut-être la foule se lancerait-elle dans une opération populaire de rendre la justice, si elle avait prise, enfin, sur ces GRI qui jusque-là lui ont toujours confisqué les clés du pouvoir réel.

Trump risque d’être désavoué par sa base électorale

L’Iran enfin, c’est un territoire naturel que certes Alexandre le Grand avait balayé d’Ouest en Est à l’époque Perse, mais qui demeure très complexe à stabiliser après-conquête, tant il est accidenté et vaste. Si Alexandre le Grand atteindra la vallée de l’Indus (nord-ouest-Inde), son chemin du retour vers Babylone (actuel sud-Irak) sera pénible et douloureux. Et puis, en fin de compte Alexandre le Grand est symbole non pas d’une invasion mais d’une expédition. Toute expédition en Iran impliquant des soldats américano-israéliens ne pourrait promettre au mieux des victoires de guérillas urbaines ou de guérillas sur sols accidentés, au pire une guerre globalement très durable, beaucoup trop aux yeux de l’électorat de Trump, qui finirait par le désavouer.

Le signal attendu par la population iranienne n’est pas arrivé

Quant à Israël, elle considère l’Amérique comme son plus grand allié : Israël et USA se battent avec les mêmes technologies, armes, munitions, sauf que les USA en dispose massivement. Reste qu’Israël tout en étant un des plus petits Etats du Proche-Orient et Moyen-Orient, dispose de l’armée la plus massive et la mieux équipée du Proche et du Moyen-Orient, étant équipée par les USA. Aller trouver les USA pour régler les problèmes en Orient est une habitude pour Israël. Les USA sont leur pot de fer idéal sur un terrain de guerre : tout ennemi finit brisé, en apparence, et le grand malheur des USA reste qu’après le chaos qu’ils laissent sur les théâtres de guerre (Irak, Afghanistan), ni démocratie, ni harmonie populaire, ni cohésion gouvernementale locale ne prennent naissance. Cette coalition USA-Israël s’est attaquée à l’Iran, pays qui est le pot de fer du Moyen-Orient, un carrefour majeur entre Occident et Extrême-Orient. L’Iran est un vaste paysage accidenté, à l’économie détenue par une mafia, tout en disposant d’une population diplômée, éclairée. Si éclairée que ces bombardements et que cette mort d’Ali Khamenei ne sont pas le signal idoine américano-israélien avec lequel elle se sent en bonne intelligence. La population iranienne sait très bien, autrement dit, que son heure n’est pas encore venue. Elle sait qu’elle devra en arriver aux poings pour démonter tous les rouages de la mafia des Gardiens de la Révolution.

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